AUSTRALIE


AUSTRALIE
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L’Australie est l’un des plus grands États du monde. Sa vaste superficie (7 682 300 km2), presque celle de l’Europe, ne contient néanmoins que 17,4 millions d’habitants (2,2 hab./km2) en 1992. De plus, cette population est très inégalement répartie. Plus des trois quarts sont concentrés dans les capitales de la fédération et des États et dans les grandes villes, toutes situées sur les côtes ou à proximité. La plupart se trouvent dans la région du Sud-Est, qui s’étend d’Adélaïde jusqu’à Brisbane et où sont situées la capitale fédérale Canberra et les métropoles Melbourne et Sydney. Mais la campagne australienne, en comparaison avec la campagne française, est très faiblement peuplée; en outre, d’immenses régions sont encore aujourd’hui quasi désertiques.

Cette répartition inégale est d’abord la conséquence des conditions naturelles et climatiques, même si l’évolution historique de l’Australie a sûrement contribué à son urbanisation intense. Quand les premiers colons britanniques mirent pied sur le sol australien en 1788, la totalité de l’Australie (continent et Tasmanie) comptait probablement quelque 700 000 habitants indigènes (les aborigènes). Ces derniers vivaient dans des conditions qui étaient très rebutantes pour les nouveaux envahisseurs. L’Australie était restée en dehors des grandes migrations de populations asiatiques et polynésiennes, et les aborigènes – qui, eux-mêmes, arrivèrent il y a plus de 50 000 ans par le détroit de Torres – vivaient dans un isolement presque total. Ils étaient divisés en centaines de tribus, et seules certaines peuplades du Nord avaient reçu des visites de pêcheurs indonésiens.

Les immigrants britanniques sont donc arrivés dans un pays où la population était trop faible pour leur résister. Ce sont plutôt la distance énorme – l’Australie étant située à plus de 15 000 kilomètres de la métropole –, l’étendue du continent et la pauvreté du sol qui limitèrent l’ampleur de l’immigration. Le développement rapide de l’élevage ovin et surtout les découvertes d’or provoquèrent des vagues d’immigration temporaires mais, au moment de la proclamation de l’État fédéral d’Australie, le Commonwealth of Australia, le 1er janvier 1901, le pays ne comptait pas plus de 3 750 000 habitants.

Cette insuffisance du peuplement sembla, par moments, menacer l’expansion économique de l’Australie et sa sécurité. Aussi, depuis les années 1830, l’immigration a-t-elle été un des soucis essentiels des gouvernements coloniaux et fédéraux. Depuis la Seconde Guerre mondiale, plus de 5 millions de personnes, bénéficiant souvent du plan de subvention à l’immigration mis en place par le gouvernement australien, se sont établies en Australie. En général, ces immigrants furent d’abord originaires de Grande-Bretagne et d’Irlande, puis, plus tard, d’Europe continentale et d’Asie.

Le nombre des aborigènes, qui diminua rapidement au cours du XIXe siècle, recommença à s’accroître à partir des années 1930. En 1986, il atteint 227 600. Néanmoins, la population de race blanche constitue toujours 97 p. 100 environ de la population totale, et la situation raciale en Australie pose des problèmes bien différents de ceux qui existent en Afrique du Sud, aux États-Unis ou encore en Nouvelle-Zélande.

L’Australie est un État fédéral et indépendant qui reconnaît la souveraineté de la reine d’Angleterre sous le titre de Queen of Australia et qui fait partie du Commonwealth britannique. La reine est représentée au niveau fédéral par un gouverneur général (depuis février 1989: Bill Hayden) et à celui des États par un gouverneur. Ces dignitaires sont aujourd’hui presque tous des Australiens. Jaloux de leurs pouvoirs, les six États mis en place par la Constitution de 1901 sont très inégaux en étendue et en importance. Ce sont les anciennes colonies de Nouvelle-Galles du Sud (fondée en 1788, 801 600 km2), de Tasmanie (1823, 67 800 km2), d’Australie-Occidentale (1829, 2 525 500 km2), d’Australie-Méridionale (1836, 984 000 km2), de Victoria (1851, 227 600 km2) et de Queensland (1859, 1 727 200 km2); les trois dernières furent séparées de la Nouvelle-Galles du Sud. Il faut y ajouter le Territoire fédéral de la capitale, Canberra (2 400 km2), et l’immense Territoire du Nord (1 346 200 km2) qui, en 1978, reçut une large part d’autonomie.

Depuis que sir Robert Menzies a quitté le pouvoir (1966), bon nombre des idées reçues et des espoirs concernant l’Australie ont été sérieusement ébranlés. À l’époque, on aurait pu prédire un avenir doré au «pays de la chance», dont la stabilité reposait sur le maintien de ses liens avec la Grande-Bretagne et, à un degré moindre, avec les États-Unis. Pourtant, une multitude de facteurs à la fois internationaux et intérieurs avaient déjà donné une impulsion à un processus de révision des orientations du pays qui ne pouvait aller qu’en s’accroissant. L’évolution des événements politiques et économiques mondiaux et la récession générale des années 1970 ont contraint l’Australie à adopter de nouvelles lignes de conduite. Les liens avec la Grande-Bretagne se sont relâchés à la suite de l’entrée de cette dernière dans le Marché commun européen et, pour n’en citer que deux manifestations, un nouvel hymne national a été adopté et les relations économiques avec l’Asie ont été développées.

La quête d’une identité nouvelle pour l’Australie a parfois été accompagnée d’un nationalisme virulent, mais surtout d’une prise de conscience de la composition multi-ethnique de sa société conduisant à l’abandon de la politique de l’«Australie blanche» et à une nouvelle orientation de la politique extérieure.

Avec les gouvernements A.L.P. (Australian Labor Party) de Whitlam (1972-1975), Hawke (1983-1991) et Keating (dès 1991), l’Australie a fermement choisi une nouvelle orientation de développement. La destinée du pays est maintenant liée à celle de l’Asie plutôt qu’à celle de l’Europe ou des États-Unis. Une rupture irréparable avec les traditions du passé s’est produite, qui influence toujours davantage l’opinion publique et le gouvernement. Ces dernières années, l’Australie a subi une grave crise économique. Avec un chômage de plus de 10 p. 100, les problèmes sociaux sont considérables. L’Australie est néanmoins restée politiquement stable et relativement prospère (1990: 23e rang mondial pour le P.N.B. par tête). Tandis que les inégalités augmentent, la société demeure l’une des plus ouvertes du monde. La commémoration controversée de la colonisation blanche (1988) démontra la diversité de la population australienne et le désir des Australiens de «vivre ensemble». L’inauguration (en mai 1988) du nouveau Parliament House à Canberra est l’expression à la fois de l’orgueil nationaliste et centralisateur et de l’esprit matérialiste et conservateur de la société australienne.

Depuis 1992, la position de la monarchie a été mise en question. L’éventualité de son abolition et de l’adoption d’un nouveau drapeau national est envisagée pour 2001.

1. Structure et milieu

Géologie

Les principales unités structurales (fig. 1)

Le continent australien est classiquement divisé en cinq provinces orogéniques et en quatre groupes de couvertures de plate-forme. À ces grandes unités il faut ajouter quatre ensembles métamorphiques dont l’attribution à un cycle donné est incertaine: il s’agit des blocs d’Arunta, en Australie centrale, de Lichtfield et d’Arnhem, dans la partie la plus septentrionale du Territoire du Nord, et de Georgetown, dans le nord du Queensland.

De plus, deux domaines, situés, l’un, dans la partie occidentale de la Tasmanie, l’autre, dans la partie sud-ouest de l’Australie-Occidentale, ont été déformés au Protérozoïque, mais on connaît mal leur rôle dans l’évolution structurale générale du continent australien.

La cinquième province orogénique correspond en fait à la Papouasie - Nouvelle-Guinée. Il s’agit d’une zone orogénique dont la phase initiale remonte au Trias, mais qui est toujours active. Située à l’extérieur du continent australien proprement dit, cet orogène est toutefois rattaché à l’évolution géodynamique de cet ensemble.

La province orogénique de l’Australie occidentale

Cette zone, qui comprend les roches les plus anciennes d’Australie, est composée des blocs de Yilgarn et de Pilbara, et de quelques zones de moindre importance. Les granites du bloc de Pilbara et du sud-ouest du bloc de Yilgarn, datés de 3 050 à 3 100 millions d’années, recoupent des roches métamorphiques plus anciennes. Les formations représentées dans ces blocs contiennent des gneiss et des migmatites ainsi que des métasédiments recoupés par des intrusions de roches basiques et ultrabasiques. Ce type de formation, caractéristique de l’Archéen, est connu sous le nom de greenstone belt dans les boucliers du Canada et de l’Afrique australe; contenant du nickel et de l’or, ces zones présentent un grand intérêt économique.

Des formations appartenant à ce cycle se retrouvent dans d’autres zones (fig. 1), notamment dans celle de Rum Jungle (synclinal de Pine Creek), dans le Territoire du Nord. Les datations isotopiques y donnent des âges de 2 550 à 2 400 millions d’années, donc nettement moins élevés que dans le Yilgarn.

Les couvertures de l’Australie occidentale

Les plissements se terminent entre 2 900 et 2 200 millions d’années dans l’aire d’influence de l’orogène ouest-australien. Les dépôts de couverture transgressifs sont localisés au nord du bloc de Yilgarn, dans le bassin de Hamersley Range, discordant sur le socle de Pilbara. Il s’agit de formations déposées dans un bassin subsident calme, avec, essentiellement vers la base, de nombreuses intercalations de coulées de laves surtout basiques. Les sédiments sont constitués de grès, de pélites, de dolomies et de cherts. Cette unité est particulièrement importante du point de vue économique car elle contient d’importantes concentrations de fer, les Banded Iron Formations , ou B.I.F.

La province orogénique nord-australienne

Dans cette province, les formations sont essentiellement constituées de roches sédimentaires d’âge protérozoïque qui ont subi un métamorphisme peu intense. Cet ensemble est recoupé par des granites et par des roches volcaniques non métamorphisées. D’après des travaux récents, les blocs d’Arunta et d’Arnhem seraient rattachés à cette province qui recèle par ailleurs d’importants gisements d’uranium.

Les couvertures de plate-forme nord-australiennes

Après l’orogenèse nord-australienne, la majeure partie du nord de l’Australie subit une transgression et des sédiments de plate-forme s’y déposent. Le socle apparaît uniquement en boutonnières sous cette couverture.

Ces dépôts sédimentaires du Carpentarien (de 1 800 à 1 400 Ma) sont à dominante pélitique, avec des intercalations dolomitiques et des roches volcaniques. Ils comprennent le bassin de Kimberley et le grand bassin qui va du bord du golfe de Carpentarie jusqu’à Mount Isa.

Ces dépôts de plate-forme contiennent des gîtes métallifères stratiformes qui figurent parmi les plus importants d’Australie (gîtes de plomb-zinc-argent du bassin de McArthur, gîtes de fer, de cuivre, de tungstène, etc.).

La province orogénique centrale

On rapporte essentiellement à cet ensemble des formations métamorphiques mises en place et déformées entre 1 800 et 1 200 millions d’années, donc contemporaines des dépôts carpentariens de plate-forme. Le métamorphisme, mésozonal à catazonal, est généralement plus intense que dans l’unité nord-australienne.

Cette province comprend différentes unités, blocs ou ceintures: la ceinture de Mount Isa, les blocs d’Ophtalmia-Gascoyne, de Willyama, de Wonaminta, les unités de Denison et du Mount Painter, le bloc de Gawler, la ceinture d’Albany-Frazer, les blocs de Musgrave, de Northampton, etc.

La ceinture de Mount Isa et le bloc de Willyama contiennent de très importants filons de plomb-zinc-argent sans doute contemporains des dépôts stratiformes du bassin de McArthur, mais repris et remobilisés au cours des phases tectoniques et métamorphiques centro-australiennes.

Les couvertures de plate-forme centro-australiennes

Des dépôts qui vont de l’Adelaïdien (1 000 Ma) au Paléozoïque supérieur recouvrent et masquent la plus grande partie de la zone orogénique de l’Australie centrale. Les séries sédimentaires faiblement plissées des bassins d’Amadeus et de Ngalia vont du Précambrien au Dévonien et contiennent des gisements d’hydrocarbures. Vers le sud, les dépôts du fossé d’Adélaïde, plissés et métamorphisés postérieurement, sont datés de 1 400 millions d’années (Cambrien). D’autres bassins, plus limités (de Bangemall, au Protérozoïque, de Carnarvon, d’Officer, de Canning, au Paléozoïque moyen et supérieur), sont situés en Australie de l’Ouest. Dans l’Australie du Nord, les bassins sont souvent recouverts par de puissantes coulées basaltiques, d’âge adélaïdien tardif ou cambrien basal, annonciatrices de l’ouverture du bassin de Georgina, qui contient d’importants gisements de phosphates cambriens.

La province orogénique de l’Australie orientale

Il s’agit là des formations de la chaîne tasmanienne, qui s’étend depuis la Tasmanie jusqu’à l’extrême nord du Queensland (fig. 1). L’âge des formations varie d’ouest en est; les plus anciennes, celles de la ceinture de Kanmantoo, à l’ouest, ont des âges éocambrien à cambrien moyen, tandis que d’autres formations, plus à l’est, ont des âges paléozoïques supérieurs et constituent les dernières zones d’accrétion de la plaque continentale vers l’est.

La structure générale de la chaîne tasmanienne est particulièrement complexe. Les sédiments déposés couvrent l’ensemble du Paléozoïque et on note différentes phases de granitisation (fig. 2), probablement associées à divers contextes géodynamiques qui se sont succédé dans le temps.

Les couvertures de plate-forme transaustraliennes

Ces formations occupent la plus grande partie de l’est de l’Australie, où elles reposent en discordance sur la chaîne d’Australie orientale. Toutefois, on les retrouve aussi plus à l’ouest, où elles sont plus minces et plus discontinues. Les dépôts de base, d’âge carbonifère, sont débordés par la sédimentation triasique; cependant, c’est au Crétacé que l’extension des dépôts est maximale. À partir de la fin du Crétacé, le continent australien subit une régression, à l’exception du bassin à faciès marins de la Murray River et de quelques zones de la marge continentale.

Ces dépôts de couverture ont une grande importance économique, tant à terre que sur les plateaux continentaux. Ce sont eux, en effet, qui contiennent les principaux gisements d’hydrocarbures et de charbon d’Australie. En ce qui concerne les hydrocarbures, on trouve du pétrole dans le Permien du bassin de Surat et du bassin de Cooper, du gaz dans la bassin de Perth, dans le mésozoïque de la plate-forme du nord-ouest et à Scott Reef, du pétrole et du gaz dans le Tertiaire basal du bassin de Gipsland, du pétrole dans le Crétacé de Barrow Island... Des bassins permiens contiennent de beaux gisements de charbon (Bowen-Surat, Sydney, Collie et Tasmanie). Différents bassins contiennent également des charbons mésozoïques (Styx, Marysborough, Ipswich, Leigh Creek et Wonthagi); mais l’Australie est surtout riche en énormes gisements de lignite d’âge éocène (État de Victoria).

La province orogénique de Papouasie - Nouvelle-Guinée

Bien que séparée de l’Australie par le détroit de Torres, la Papouasie - Nouvelle-Guinée constitue une zone mobile en bordure du craton australien. Ce craton recouvert par les sédiments de la plate-forme transaustralienne s’avance sous la mer jusqu’en Papouasie Nouvelle-Guinée, où il est entré en contact avec la zone mobile par l’intermédiaire d’une série de failles décrochantes. Au-delà de la zone orogénique de la Papouasie - Nouvelle-Guinée s’étend la plaque océanique Pacifique.

La sédimentation débute, à l’emplacement de la future chaîne de Papouasie - Nouvelle-Guinée, par des calcaires permiens et reste dominée au Trias par des dépôts clastiques traduisant un milieu marin peu profond. Parallèlement, un volcanisme andésitique commence à se développer. Au Jurassique et au Crétacé, le volcanisme est dominant tandis qu’apparaissent des faciès de sédimentation profonde. Un métamorphisme général dans le faciès des schistes verts s’affirme dès l’Éocène. Des intrusions dioritiques et ultrabasiques lui succèdent, et un volcanisme de type arc insulaire se met en place à partir du Miocène. Des intrusions miocènes ou plus récentes, de type porphyry copper , constituent les principaux métallotectes pour le cuivre et l’or. Cette succession, surtout valable dans la partie occidentale de la Papouasie - Nouvelle-Guinée, est évidemment plus complexe dans le détail.

Histoire géologique

L’Archéen du bouclier de l’Australie occidentale

Le bouclier précambrien de l’Australie occidentale est constitué par deux noyaux archéens, celui de l’Yilgarn et celui de Pilbara, séparés par des bassins protérozoïques plus ou moins métamorphisés et plissés.

Les deux blocs sont constitués par des ensembles de roches d’origine volcanique, les greenstone belts , intrudés et métamorphisés par des granitoïdes. Les greenstone belts comprennent des roches volcaniques ultrabasiques, basiques et acides, des sédiments pyroclastiques, des formations siliceuses, des pélites carbonées, des formations du type Banded Iron Formation , des arénites et des rudites. Les roches volcaniques archéennes possèdent des caractéristiques géochimiques propres et sont surtout constituées par des tholéiites faiblement potassiques et par des basaltes riches en magnésium. Les greenstone belts sont souvent structurées en synformes plus ou moins complexes.

Dans le Pilbara, les granitoïdes intrusifs sont grossièrement circulaires tandis que dans l’Yilgarn ils sont allongés et plus ou moins imbriqués, donnant ainsi une structure générale rubanée. Le rapport isotopique strontium 87/strontium 86 généralement faible tend à indiquer que ces intrusions ne proviennent pas de la fusion partielle d’une croûte sialique plus ancienne. Les datations radiochronologiques des plutons de Pilbara donnent des âges compris entre 3 100 et 2 900 millions d’années, tandis que l’on obtient dans l’Yilgarn des valeurs comprises entre 2 700 et 2 600 millions d’années. Ces datations confèrent aux formations des greenstone belts un âge nettement plus ancien. Dans le Pilbara, les roches volcaniques les plus récentes des greenstone belts ont été datées à environ 3 milliards d’années et il est évident que les roches volcaniques et les gneiss sous-jacents doivent être d’un âge nettement plus élevé.

Le noyau de Pilbara présente un grand intérêt géologique car il s’agit d’une ceinture orogénique archéenne bien conservée, constituée par un arc volcanique et par un bassin à remplissage essentiellement sédimentaire. Ce système de type eugéo-synclinal a subi un double cycle orogénique, chaque orogenèse séparant deux cycles volcaniques. L’arc volcanique de Pilbara repose sur des formations gneissiques plus anciennes qui pourraient être apparentées à un craton situé au nord-ouest. Le bassin au sud de l’arc volcanique comporte un ensemble sédimentaire d’une puissance supérieure à 12 000 mètres. À sa base, cette série comporte des niveaux d’amphibolites qui pourraient être les témoins d’un très vieux fond océanique; ces roches figurent sans doute parmi les plus anciennes du globe. Cet ensemble (arc volcanique et bassin) est recoupé par des granites mélanocrates semblables à des intrusions connues au Canada (Manitoba), et datées de 3 050 millions d’années.

Le Protérozoïque inférieur et moyen (Carpentarien)

Le Protérozoïque inférieur est présent dans différentes zones d’Australie occidentale et centrale, mais il forme surtout une ceinture de près de 650 000 kilomètres carrés entre les Kimberleys, à l’ouest, et Mount Isa, le long de la côte nord. Cette zone est économiquement importante du fait de la présence de nombreux gîtes métallifères de première importance, comme les gisements de plomb-zinc-cuivre de Mount Isa, de plomb-zinc de Hilton et de McArthur, d’uranium de Mary Kathleen, de Rum Jungle, de Jabiluka, de Koongara et de Nabarlek, de fer de Yampi Sound, de Frances Creek, de Constance Range et de Roper River. Ce Protérozoïque recouvert par des formations de plate-forme appartient à la province orogénique nord-australienne. Il repose sur les formations archéennes du complexe de Rum Jungle et du bloc de Lichfield; on y trouve une grande variété de sédiments affectés par un métamorphisme faible à élevé et par des intrusions doléritiques. Ces formations constituent le géosynclinal de Pine Creek, discordant sur le socle archéen. Au sud-ouest et au sud, une zone mobile sépare les blocs stables des Kimberleys et de Sturt. Les formations y sont vraisemblablement partiellement archéennes, mais le métamorphisme, les intrusions granitiques et le volcanisme acide y sont datés du Protérozoïque inférieur. Ce secteur est relié à Pine Creek par la zone mobile de Fitzmaurice.

La plus grande unité de la couverture nord-australienne est constituée par le bassin de McArthur, où l’on distingue des formations du Carpentarien – les groupes de Tawallah et de McArthur – surmontées par des formations – Roper Group – dont l’attribution au Carpentarien ou à l’Adélaïdien suscite des controverses. Ce bassin faiblement plissé à l’Adélaïdien disparaît vers le nord, le sud et l’est sous des formations plus récentes ou sous la mer. Au sud-est, il est bordé par la zone plissée de Mount Isa, subdivisée en deux géosynclinaux, l’un occidental, l’autre oriental, séparés par un horst, le bloc de Kalkadoon-Leichhardt; les formations contenues dans ces géosynclinaux sont équivalentes à celles du bassin de McArthur.

Le Protérozoïque supérieur (Adélaïdien) et le Paléozoïque

Les formations de ces âges affleurent sous la forme de lambeaux dispersés préservés de l’érosion qui font partie d’une zone plissée intracratonique. On peut citer le bassin de Bangemall, en Australie de l’Ouest, les bassins de plate-forme relativement peu déformés comme ceux d’Amadeus, de Ngalia, de Georgina, de Wiso, de Daly River, de Ord et du golfe Joseph-Bonaparte, et, surtout, le grand ensemble orogénique de la chaîne tasmanienne.

Le bassin de plate-forme de Bangemall – compris entre le Protérozoïque inférieur de la province de Hamersley, au nord, et l’Archéen de l’Yilgarn ainsi que le Protérozoïque inférieur de Gascoyne, au sud – s’apparente à une dépression intracratonique qui contient des formations sédimentaires continentales du Protérozoïque moyen (de 800 à 1 000 Ma) d’origine continentale. Les formations du bassin de Bangemall reposent sur les formations plus anciennes par une simple discordance; vers l’est, elles s’enfoncent sous le bassin de Cannings. Structuralement, le bassin de Bangemall représente la terminaison occidentale de la couverture de la plate-forme du centre de l’Australie. Les autres bassins (Amadeus, Ngalia, etc.) possèdent des séries sédimentaires épaisses (jusqu’à 10 000 m dans le bassin d’Amadeus) qui vont du Protérozoïque supérieur au Dévonien. Ils contiennent essentiellement des formations de plate-forme détritiques et carbonatées. Seuls les bassins de Daily River, au sud de Darwin, et du golfe Joseph-Bonaparte présentent des manifestations volcaniques acides relativement importantes.

La zone plissée d’Adélaïde est bordée à l’est et à l’ouest par des cratons dont l’âge est supérieur à 1 400 millions d’années. La puissance totale des formations – Adélaïdien plus Cambrien – est supérieure à 24 000 mètres. Une succession de phases tectoniques et de périodes de subsidence tranquille caractérise ce secteur. Les dépôts débutent par des niveaux évaporitiques et par des épanchements basaltiques qui traduisent un épisode de distension. Ensuite, la sédimentation évolue plutôt vers des faciès lagunaires ou marins peu profonds. L’ensemble a été plissé lors de l’orogenèse du Delamérien (Cambrien supérieur).

La chaîne tasmanienne (fig. 3) constitue une structure géologique majeure du continent australien; elle traverse les États de Tasmanie, d’Australie-Méridionale, de Victoria, de Nouvelle-Galles du Sud et de Queensland. En Tasmanie, le socle ancien est constitué pour l’essentiel de formations sédimentaires faiblement métamorphisées. Au-dessus viennent les dépôts du Cambrien et de l’Ordovicien.

Le Cambrien débute par une sédimentation détritique contenant quelques niveaux pyroclastiques (groupe de Success Creek) et se poursuit par une importante série d’argilites vertes et rouges alternante avec des coulées basaltiques sous-marines (pillow-lavas ). Cette succession de dépôts fins, appelée argilite de Crimson Creek, est caractérisée par la présence, surtout vers son sommet, de masses de roches ultrabasiques et d’ophiolites, la principale étant constituée par le complexe de Heazlewood River. Cette succession est surmontée en discordance par le groupe de Dundas – dont la puissance est estimée à 3 800 mètres –, constitué principalement par des mudstones , des brèches, des conglomérats, et secondairement par des roches volcaniques. Des fossiles permettent de dater ce groupe du Cambrien moyen et supérieur. On observe au-dessus les volcanites de Mount Reads, où prédominent des rhyolites et des dacites avec quelques basaltes et andésites intercalés. Ce volcanisme est de type calco-alcalin, mais l’abondance des rhyolites et des dacites ainsi que le spectre des éléments en traces le rapprochent plus d’un volcanisme andin que d’un volcanisme d’arc insulaire stricto sensu. L’Ordovicien commence par des dépôts sans doute terrigènes qui passent à une sédimentation marine détritique puis à des formations de pélites et de carbonates de plate-forme. Le Silurien est lui aussi caractérisé par des dépôts marins de faible profondeur. Ce type de sédimentation à dominante détritique, avec des passées turbiditiques, se poursuit au Dévonien inférieur avec les couches de Mathina.

En Tasmanie, la plupart des granitisations vont prendre place entre 375 et 335 millions d’années avec des batholites qui recoupent des dépôts dévoniens inférieurs de Mathina. Dans l’État de Victoria, les formations de la chaîne tasmanienne sont constituées par de puissantes séries sédimentaires d’âge cambrien à carbonifère inférieur et présentent peu d’intercalations volcaniques. Le volcanisme, l’importance des phases de plissements et les discordances augmentent toutefois d’ouest en est dans les différentes structures mises en évidence par les géologues australiens (ouest de l’État de Victoria, bassin de Melbourne et est de l’État de Victoria).

L’histoire géologique de la chaîne tasmanienne commence à l’Éocambrien et ne se termine qu’au Trias. C’est sur la bordure est de l’Australie, en Nouvelle-Galles du Sud et au Queensland, qu’elle acquiert son complet développement et peut être le mieux caractérisée, même si, vers le nord, au Queensland, les structures sont partiellement masquées par les bassins mésozoïques. Toutefois, là encore, de nombreux géologues reconnaissent l’existence d’une subduction située à l’est du bloc de Georgetown. Le développement de la zone mobile tasmanienne a commencé dès l’Éocambrien par une phase de rifting à l’est du bouclier protérozoïque australien, phase caractérisée par la formation d’un bassin marginal, d’un arc volcanique (Mount Wright) et d’un complexe de fosses associées à des flyschs. Cette première structure fut remobilisée lors de la phase delamérienne d’âge cambrien moyen à ordovicien inférieur. Cet épisode tectonique provoqua une cratonisation du bassin marginal et de l’arc volcanique qui aboutit à la naissance d’une province intermédiaire comprenant un bassin sans volcanisme et une plate-forme orientale séparés par une ride émergée. Le développement de cette plate-forme se poursuivit jusqu’à l’Ordovicien supérieur.

Après la phase delamérienne, un nouvel épisode extensif domine sur la bordure orientale de la plaque australienne. Cette extension provoque à nouveau la formation d’un bassin marginal et d’une nouvelle fosse orientale avec des flyschs; ces deux unités sont séparées par la ride volcanique de Molong. Au début du Silurien, ces zones sont à nouveau plissées et métamorphisées durant une phase, dite bénambrienne, au cours de laquelle se développe du plutonisme le long d’un arc. À la suite de cet événement, une nouvelle phase d’extension provoque la formation de nombreuses mers marginales et le morcellement de la ride volcanique de Molong, formées précédemment. À la fin du Silurien apparaissent de nouveaux mouvements orogéniques, dits quidongiens, durant lesquels des granites syncinématiques se mettent en place dans les zones de ride. C’est après ce dernier épisode que se développe un volcanisme acide d’arcs enraciné à un cortège plutonique, plus particulièrement durant tout le reste du Silurien et le Dévonien inférieur et moyen. Pour certains géologues, un nouvel arc volcanique frontal a commencé à se développer durant le Silurien supérieur, avec individualisation d’un bassin arrière-arc, tandis que l’on aboutit vers l’est à des fonds océaniques par l’intermédiaire d’une marge continentale.

Quoi qu’il en soit, une nouvelle phase orogénique (dite de Bowning) intervient au début du Dévonien inférieur. Le domaine de sédimentation de plate-forme s’étend et affecte même localement les zones épicontinentales. Vers l’est, un nouvel arc volcanique, dit de Tamworth, et une zone volcanique frontale s’établissent.

Au Dévonien moyen, les mouvements de la phase de Tabberabera et le magmatisme qui lui est associé déforment et cratonisent fortement de grandes parties de la province à l’ouest de l’arc de Tamworth, tandis qu’on note une stabilisation à l’est. Après cette phase, des bassins continentaux s’installent à l’ouest, tandis que des bassins intramontagneux s’individualisent à l’est et au sud-est durant le Dévonien moyen et supérieur. À la fin du Dévonien supérieur, toute activité volcanique d’arc cesse, et la plate-forme se stabilise. Vers la fin du Carbonifère inférieur, la phase de Kanimbla et le magmatisme qui lui est associé complètent la cratonisation du secteur ouest, tandis que des chevauchements se mettent en place dans l’arc de Nouvelle-Angleterre.

Au Carbonifère supérieur, des bassins continentaux et paraliques avec un volcanisme de rift vont se développer le long du bloc constitué. Une large plate-forme sépare ces bassins de l’arc de Nouvelle-Angleterre. Des épisodes distensifs avec formation d’un flysch se produisent encore au Permien inférieur (bassin de Nambucca). La phase finale de l’orogène tasmanien, dite phase de Hunter-Bowen, intervient vers la fin du Permien inférieur et se traduit par le plissement et le métamorphisme des formations du bassin de Nambucca et de l’arc de Nouvelle-Angleterre, tandis que des granites syncinématiques se mettent en place.

Vers le nord, la chaîne tasmanienne se poursuit sur 1 800 kilomètres à travers le Queensland, où elle est classiquement divisée en unités comme les bassins de Hodgkinson, de Burdekin et de Bower. On note la présence de la grande faille de Palmerville, qui sépare une série orientale épaisse, à turbidites avec de rares épisodes carbonatés et basaltiques, de la série précambrienne cratonique, telle celle de Georgetown Inlier. On peut sans doute interpréter la faille de Palmerville comme la cicatrice d’une ancienne marge active. Une autre caractéristique de la chaîne tasmanienne au Queensland réside dans l’abondance du volcanisme calco-alcalin et du plutonisme. Ce magmatisme associé à des faciès de calcaires récifaux paraît pouvoir être rapporté au contexte géodynamique d’arc, tandis que le volcanisme intracontinental prédomine à l’ouest. Les âges variés, durant le Paléozoïque, de tous ces phénomènes magmatiques soulignent encore le caractère polyphasé de la chaîne tasmanienne (fig. 2).

Le Mésozoïque et le Cénozoïque

L’évolution géologique de l’Australie durant le Mésozoïque et le Cénozoïque est étroitement liée à l’évolution de la Papouasie Nouvelle-Guinée. Du Jurassique à l’Actuel, la Papouasie - Nouvelle-Guinée s’est formée par l’affrontement entre la plaque continentale australienne, au sud, et des fragments de croûte océanique rigide, au nord-est et à l’est. Cette collision a induit la formation d’une zone intensément plissée – la zone mobile de Nouvelle-Guinée – entre la plaque australienne, que l’on retrouve dans la partie méridionale de l’île, et la province océanique mélanésienne, au nord.

Pendant toute cette période, le continent australien fonctionne en zone stable caractérisée par des dépôts épirogéniques dont les plus importants constituent le Great Artesian Basin. Initié par des mouvements verticaux lents [cf. ÉPEIROGENÈSE], le Great Artesian Basin contient une série sédimentaire qui débute au Jurassique par des dépôts fluviatiles, suivis au Crétacé par des sédiments marins transgressifs puis régressifs et enfin par des épandages continentaux. Le bassin émerge à la fin du Cénomanien. Enfin, il faut noter que c’est vers la fin du Crétacé que s’effectue la séparation Australie-Antarctique [cf. ANTARCTIQUE]. La mer contourne alors l’Australie par le sud et de petits bassins côtiers se forment au sud-ouest (en particulier, le bassin d’Eucla).

L’Australie et le Gondwana

Les données maintenant acquises sur la géologie de l’Australie mais aussi sur celle d’autres continents, ainsi que les campagnes de prospection du fond de l’océan Indien, permettent de mieux préciser les relations de l’ensemble Australie - Nouvelle-Guinée avec les autres éléments de ce que les géologues appellent le Gondwana [cf. GONDWANA]. Les différentes études – en particulier celles du paléomagnétisme des roches – indiquent que les différents blocs qui constituent l’Australie ont gardé des positions relatives fixes de 1 700 à 750 millions d’années. On considère que le continent australien, à l’exception de la chaîne tasmanienne, formée plus tard, est resté stable de 750 à 450 millions d’années. D’autres études indiquent que le supercontinent de Gondwana, dont faisait partie le bloc australien, existe depuis 750 millions d’années et s’est fragmenté et dispersé voici 150 millions d’années.

Les données géologiques indiquent que les premières séparations ont dû se produire vers la fin du Précambrien, lorsque des éléments de la bordure nord-ouest et de la frange orientale du Gondwana se sont séparés de l’Australie du fait d’une tectonique d’ouverture par rapport à des continents inconnus. Au nord, l’ouverture de la Téthys provoqua la séparation de l’Australie des continents plus septentrionaux [cf. TÉTHYS]. Ensuite, la marge active orientale (pacifique) eut tendance à se déplacer vers l’est par accrétion de matériel d’arcs insulaires, tandis que la bordure théthysienne, après l’ouverture complète à l’Ordovicien inférieur, ne bougea plus jusqu’au Mésozoïque.

Le processus plus récent de séparation de l’Australie des autres éléments du Gondwana est beaucoup mieux connu. En effet, on dispose à la fois de données géologiques sur les différents fragments continentaux et sur les fonds océaniques (celui de l’océan Indien, par exemple), dont l’accrétion est directement liée à l’«éclatement» du Gondwana. L’Inde s’est séparée de l’Australie et de l’Antarctique, encore joints, vers le début du Crétacé, il y a 130 millions d’années, et l’Antarctique s’est séparé de l’Australie vers la fin du Paléocène, il y a 53 millions d’années. Lors de la séparation Antarctique-Australie, le mouvement relatif du bloc australien vers le nord provoqua le début d’une collision avec l’Asie du Sud-Est vers la fin du Tertiaire, donnant naissance à la chaîne de Papouasie - Nouvelle-Guinée.

Milieu naturel

Les paysages australiens, parfois très beaux, présentent dans l’ensemble une certaine monotonie. Les formes de relief qui dominent sont les surfaces planes, plateaux ou plaines. Sur d’immenses étendues, l’insuffisance des pluies ne permet que le développement d’une médiocre végétation, et la véritable forêt se cantonne dans les zones proches du littoral. En outre, de nombreuses rivières ne sont pas pérennes et on ne trouve pas en Australie de voies d’eau comparables au Mississippi ou au Saint-Laurent.

Le relief

L’impression générale que donne le relief australien est celle d’un pays usé, d’un modelé sénile. L’étude morphologique peut se diviser en trois parties qui correspondent aux grands ensembles géologiques.

Le plateau occidental correspond à une vieille surface d’aplanissement à peine modifiée depuis le Primaire. Les déformations tectoniques du Tertiaire l’ont à peine soulevée et disloquée; elles ont donné naissance à quelques horsts de direction ouest-est: les monts Musgrave (1 585 m) et Macdonnell (1 450 m) sont les plus importants; au cours de périodes de climat plus humide que le climat actuel, ces montagnes ont été entaillées de gorges profondes.

La majeure partie du plateau occidental est située de part et d’autre du tropique du Capricorne, dans une zone aride ou subaride: les formes de relief sont celles des pays désertiques. Au centre, un désert de pierres, analogue aux hamadas du Sahara, est entouré par trois déserts de sable: le grand désert de sable du Nord où les dunes, allongées de l’est vers l’ouest, sont le plus souvent fixées par la brousse; le désert de Gibson à l’ouest et au sud, le Grand Désert de Victoria, où les dunes, également longitudinales, sont assez dispersées, irrégulières et courtes. En approchant de la Grande Baie australienne, les dunes font place à un plateau de calcaires du Miocène, le plateau de Nullarbor, qui descend lentement du nord (300 m) vers le sud et domine la mer par des falaises d’environ 70 m de haut. Les rares pluies s’infiltrent immédiatement, il n’y a aucun drainage, et les nappes souterraines sont souvent salées: cette région est une des plus désolées de l’Australie.

Au sud-ouest, le plateau occidental, formé de granites, a environ 400 m d’altitude et il est parsemé de dépressions intérieures au fond desquelles stagnent des lacs salés, le plus souvent asséchés (du type «playas»). Ces dépressions peuvent être d’origine éolienne ou proviendraient de la désorganisation progressive d’un drainage normal pendant une période d’aridité croissante. Le granite, souvent très décomposé, est parfois recouvert par une cuirasse latéritique. Cette pénéplaine cristalline, probablement soulevée au Pliocène, se termine à l’ouest par un escarpement de faille de 350 km de long (Darling Scarp) et domine l’étroite plaine littorale du Swanland. Vers le nord, le massif cristallin fait place à des roches précambriennes qui ont été soulevées et cassées dans le massif de Hammersley. Au-delà du Grand Désert de sable, on retrouve la pénéplaine précambrienne dans les plateaux de Kimberley et de la Terre d’Arnhem; peu élevés (de 200 à 400 m), ils sont disséqués par des rivières bien alimentées pendant les pluies tropicales (janvier et février). Au sud-est, l’apparition de calcaires du Cambrien donne naissance au plateau karstique sans drainage de Barkly.

Les plaines du Centre-Est occupent deux grands bassins sédimentaires. Au nord, dans le Grand Bassin artésien, le relief est très peu différencié: l’altitude est faible, presque partout inférieure à 150 m. De basses croupes latéritiques séparent les énormes vallées des rivières intermittentes. Celles-ci présentent un écheveau extraordinairement compliqué de chenaux et de bras morts. Vers le sud-ouest, le désert de Simpson, couvert de grandes dunes sud-nord, isole la cuvette du lac Eyre: l’altitude de ce bassin fermé est inférieure au niveau de la mer; le fond du lac Eyre, en grande partie asséché et remplacé par une couche de sel et de gypse, se trouve à 漣 11 m. Cette dépression est séparée de l’océan Austral par une série de môles tectoniques, les monts Flinders et les monts Lofty, dont le soulèvement est très récent. À l’est, les dômes de Broken Hill et de Cobar séparent le bassin artésien de celui du Murray.

Dans les plaines du Murray, les rivières coulent difficilement dans d’importantes vallées encombrées d’alluvions. Vers l’aval, un léger soulèvement du sol semble expliquer la présence de hautes terrasses. Sous l’influence de fractures nord-sud, le Murray change brusquement de direction; son estuaire est en grande partie barré par un cordon littoral.

La Cordillère australienne , ou Great Dividing Range, a plus souvent un aspect de plateau que de véritable montagne. Les noms d’Alpes ou de Pyrénées, appliqués à certaines parties de la chaîne, ne conviennent guère.

Dans le nord du Queensland, la péninsule de York et le plateau d’Atherton sont constitués de roches cristallines ou sédimentaires primaires surmontées de coulées de basalte. La région d’Atherton est parsemée de volcans aux formes très fraîches. De part et d’autre de Brisbane, des blocs soulevés sont séparés par des fossés tectoniques en grande partie remplis d’alluvions; une série de petites plaines s’égrènent à proximité de la côte. En Nouvelle-Angleterre, les plateaux cristallins, qui dépassent parfois 1 500 m, dominent assez brutalement la zone littorale par des escarpements de failles.

Dans la région de Sydney-Canberra, des plateaux de grès constituent les montagnes Bleues. Les vallées encaissées, véritables canyons dominés par de grands escarpements verticaux, forment un dédale impressionnant. Au sud de Canberra se trouvent les plus hauts sommets de l’Australie: le mont Kosciusko (2 240 m) est un relief résiduel (monadnock) perché sur un massif soulevé (horst); son altitude est suffisante pour qu’il soit enneigé une bonne partie de l’année et pour qu’il ait été affecté par la glaciation pléistocène (petits cirques, moraines). La zone côtière présente une alternance de petites plaines et de bas plateaux gréseux bordés de falaises.

Dans sa partie méridionale, la Cordillère australienne change de direction et devient est-ouest. Des plateaux et massifs montagneux sont disséqués par des vallées encaissées. La chaîne est bordée par une dépression, la Grande Vallée de Victoria, elle aussi de direction est-ouest. À l’est, cette plaine est alluviale (Gippsland); à l’ouest, elle est recouverte de coulées de basalte parsemées de cônes et de petits lacs. De part et d’autre de la brèche de Port Phillip, la Grande Vallée est séparée de la mer par des collines du Jurassique (Otway).

La Tasmanie , séparée du continent par le détroit de Bass, est la région de l’Australie dont le relief est le plus pittoresque. À l’ouest, un massif ancien a été vigoureusement soulevé et les sommets, qui atteignent 2 000 m, ont été profondément burinés par l’érosion glaciaire du Quaternaire. Au centre, une zone déprimée, la plaine de Launceston, met en communication les côtes septentrionale et méridionale. Au nord-est, le petit massif du Ben Lomond correspond à un horst.

L’Australie est un continent massif. Elle est presque aussi large que longue: 3 850 km de l’est à l’ouest, 3 200 km du nord au sud. Par suite, la longueur des côtes est relativement faible par rapport à la superficie du pays: 19 646 km, soit 1 km de côte pour 395 km2, alors que l’Europe, plus découpée, a 1 km de rivage pour 125 km2. Toutefois, dans le détail, les côtes australiennes sont souvent très dentelées: la dernière transgression marine donne au rivage un aspect caractéristique de côte de submersion. Dans les zones stables, en particulier sur la côte occidentale, des plages soulevées soulignent avec netteté les anciennes transgressions quaternaires.

La côte méridionale présente une alternance de grandes falaises et de cordons littoraux. Sur la côte septentrionale, les côtes rocheuses sont souvent remplacées par des côtes basses à mangrove (palétuviers), en particulier autour du golfe de Carpentarie. Les récifs coralliens frangeants sont assez rares mais sur la côte du Nord-Est s’étire le plus vaste récif-barrière du monde (2 400 km). Les récifs coralliens sont beaucoup plus discontinus au nord-ouest, sur la plate-forme de Sahul.

La côte du Sud-Est est une des plus variées. De petites plaines côtières sont interrompues par des falaises hostiles. Des dépressions envahies par la remontée du niveau de la mer donnent des baies magnifiques. Autour de Brisbane, ce sont des petits fossés tectoniques qui ont été submergés. Les baies de Hawkesbury et de Port Jackson (Sydney) sont parmi les plus belles du monde.

Le climat

Véritable petit continent situé de part et d’autre du tropique du Capricorne, entre 100 et 400 de latitude sud, l’Australie a une position symétrique de celle du Sahara dans l’hémisphère Nord: aussi est-ce un continent sec, les régions bien arrosées ne constituant qu’une frange littorale plus ou moins large au nord, à l’est et au sud.

La circulation atmosphérique générale explique un tel climat: quelle que soit la saison, une masse d’air tropical continental couvre la majeure partie du continent australien. Cette masse d’air, qui fait partie de la bande planétaire des hautes pressions subtropicales, est constituée généralement par des anticyclones qui se déplacent lentement de l’ouest vers l’est à travers le pays. Ces anticyclones migrateurs sont séparés par des fronts qui sont le plus souvent «stationnaires», c’est-à-dire faiblement actifs parce que les différences de température et d’humidité entre deux anticyclones voisins sont faibles.

En hiver (juillet), les anticyclones occupent une position assez septentrionale. La côte Nord du pays est alors soumise aux alizés secs venus de l’intérieur du continent; seule la côte du Queensland est arrosée, car l’alizé maritime du sud-est aborde directement la côte et doit gravir les flancs de la Cordillère. Dans le centre de l’Australie (de 15 à 250 de latitude sud), le passage des fronts stationnaires se marque par l’apparition de bandes nuageuses qui donnent rarement des pluies. En allant vers le sud, ces fronts deviennent de plus en plus actifs avec l’apparition de l’air polaire maritime. Des fronts froids, qui sont parfois doubles ou triples, entraînent de fortes précipitations sur toutes les régions méridionales du sud-ouest, du sud et du sud-est de l’Australie, ainsi qu’en Tasmanie.

En été (janvier), la bande des anticyclones se déplace vers le sud de l’Australie: seule l’extrémité sud-est (Victoria et Tasmanie) reçoit encore des pluies provoquées par des invasions d’air polaire maritime. Le beau temps anticyclonal règne sur Adélaïde et Perth. Au contraire, dans le nord de l’Australie, les pressions sont basses et la présence du front intertropical donne naissance à des pluies abondantes. Celles-ci arrosent en particulier le nord-est du Queensland, mais elles diminuent rapidement vers l’intérieur: au contact des masses d’air chaud et sec, l’air tropical s’éloigne de son point de saturation et les pluies deviennent rares dans le centre de l’Australie. Au nord-ouest, des cyclones tropicaux, les Willy-willies , naissent dans la mer de Timor en été et au début de l’automne. Leur trajectoire nord-est - sud-ouest s’incurve ensuite vers le sud et le sud-est: lorsqu’ils pénètrent dans l’intérieur du pays, ils disparaissent rapidement.

Le total des précipitations varie considérablement selon les années, et les moyennes ne permettent pas de se rendre compte suffisamment de ces oscillations qui peuvent avoir une ampleur de 1 à 5 ou même de 1 à 10 dans les régions semi-arides. Presque toute l’Australie est menacée par l’aridité, et l’élevage connaît d’importantes fluctuations en fonction de l’alternance de séries d’années sèches et d’années humides.

Le tableau ci-dessous donne les caractéristiques de cinq stations et permet de distinguer quelques types de climat essentiels:

Le climat désertique , bordé par une zone de climats semi-arides, couvre plus de la moitié de la superficie du continent australien. Par suite de la sécheresse de l’air, les températures sont très contrastées: les étés sont très chauds, mais les températures sont fraîches en hiver (moyenne de 11,5 0C à Alice Springs), et quelques gelées peuvent atteindre 漣 3 0C ou 漣 4 0C pendant les nuits de juin ou de juillet. Les pluies sont rares mais les régions qui reçoivent moins de 100 mm sont peu étendues: sur la plus grande partie du désert australien, il tombe de 100 à 250 mm d’eau en moyenne par an. On ne trouve donc pas de zone aussi totalement sèche qu’au Sahara. Cependant ces précipitations sont extrêmement irrégulières: au sud d’Alice Springs, Charlotte Waters reçoit normalement 137 mm d’eau, mais on a noté 310 mm en 1908 et seulement 30 mm, soit dix fois moins, en 1929. Les averses peuvent avoir une origine polaire et tomber en hiver; les plus fréquentes et les plus importantes ont une origine tropicale. Dans le nord du désert, le maximum d’été s’accentue et on passe par transitions insensibles au climat tropical.

Le climat tropical est caractérisé par l’opposition entre une saison sèche (juillet) et une saison pluvieuse centrée sur le mois de janvier et de plus en plus longue au fur et à mesure que l’on se dirige vers le nord. Alors qu’à Wyndham, le total des précipitations n’atteint que 688 mm, Darwin reçoit 1 545 mm de pluies en moyenne. Les températures, très élevées en saison chaude, ne connaissent plus le rafraîchissement hivernal. L’amplitude thermique annuelle devient de plus en plus faible (Darwin 4,7 0C) et la moyenne est très élevée (29,1 0C à Wyndham).

Au nord-est, sur la côte du Queensland, le climat tropical est particulièrement arrosé: Cairns reçoit 2 228 mm par an. Les vents d’est dominants (alizés) doivent s’élever pour franchir la Cordillère australienne, et leur humidité se condense et donne des pluies considérables de décembre à mars; les précipitations sont encore assez fréquentes pendant les mois d’hiver.

Sur la côte orientale, en Nouvelle-Galles du Sud, les températures diminuent très lentement vers le sud, mais les pluies restent abondantes. À Sydney, les 1 220 mm tombent en toutes saisons, simplement avec un léger maximum d’été.

L’extrémité sud-est de l’Australie, et en particulier la Tasmanie, a un climat océanique , avec des pluies en toutes saisons dues à l’air polaire maritime et des températures modérées. Les vents d’ouest, les Westerlies , soufflent avec vigueur, les zones montagneuses (Kosciusko, montagnes de Tasmanie) sont couvertes de neige.

Dans la région d’Adélaïde et au sud-ouest de l’Australie (Perth), le climat est de type méditerranéen : les pluies d’hiver (juillet) sont dues au flux d’ouest de la zone tempérée; les coups de froid analogues à ceux des côtes méditerranéennes de la France sont inconnus, parce qu’il n’y a pas d’air polaire continental aux latitudes tempérées. La sécheresse et la chaleur de l’été s’expliquent par la présence des hautes pressions subtropicales. Les températures moyennes sont assez élevées par suite de vagues de chaleur, avec, en été, un vent de type «sirocco».

Les sols

La répartition des sols est en rapport avec la nature du sous-sol rocheux et les conditions climatiques. La grande superficie occupée par les croûtes (duricrust ) souligne le rôle important joué par les variations climatiques du Quaternaire dans la formation des sols actuels. Les sols de la zone aride, qu’ils soient rocheux ou sableux, ne sont pas utilisés par l’agriculture. Dans la zone subaride, on peut distinguer des sols bruns de texture variable, qui donnent dans l’ensemble de bons pâturages, et les sols de mallee , sableux, riches en calcaires, qui permettent seulement un élevage très extensif du mouton. Dans la zone subhumide (de 450 à 600 mm) se trouvent les meilleurs sols pour la culture du blé: terre argileuse brun rougeâtre dans le sud-est ou sols noirs dans le sud du Queensland. Avec la zone humide, les podzols deviennent fréquents, en particulier dans la bande côtière de l’Est et en Tasmanie, mais on trouve aussi des sols sableux, parfois dérivés de couches latéritiques, des terres rouges fertiles (red loams ) dérivées de coulées basaltiques et des sols tourbeux dans les parties hautes de la Cordillère australienne.

Les sols fertiles ont donc une extension limitée. Il n’y a pas en Australie de riches plaines à limons comparables à celles du Mississippi ou à celle de l’Ukraine. De plus, les sols sont fréquemment attaqués par l’érosion que favorise la brutalité du climat. Les averses diluviennes provoquent ravinement et inondations; les rafales de vent arrachent à la terre ses éléments fins. Comme partout, l’érosion est souvent la conséquence de la destruction par l’homme de la végétation naturelle.

Les eaux

Par suite de l’aridité d’ensemble du climat, les fleuves australiens sont médiocres et une grande partie du pays (64 p. 100) n’a pas un drainage normal vers la mer. Certaines régions n’ont aucune rivière: ainsi le calcaire du plateau de Nullarbor absorbe immédiatement les quelques averses annuelles. Dans la plus grande partie du désert et de la zone semi-aride règne un drainage non coordonné, avec d’innombrables cuvettes occupées par des lacs salés. Ainsi tout un faisceau de rivières temporaires (Cooper’s Creek, Diamantina) converge vers la profonde dépression du lac Eyre. D’autres lacs (Torrens, Frome, etc.) sont également sans communication avec l’Océan.

Les fortes pluies qui tombent sur la Cordillère orientale donnent naissance à des rivières côtières assez abondantes mais courtes. Au sud-est de l’Australie, les eaux se concentrent dans le seul grand bassin fluvial, celui du Murray, qui couvre 1 072 000 km2, deux fois la superficie de la France. Le fleuve (2 766 km de long) de même que ses grands affluents, Murrumbidgee (2 172 km), Lachlan (1 126 km) et Darling (3 124 km), ne sont bien alimentés que dans leur partie amont: ils ont de moins en moins d’eau en allant vers l’aval. Certaines années, le Murray devient incapable de percer le cordon littoral qui barre son embouchure. Par contre, les années pluvieuses, le fleuve et ses affluents peuvent avoir des crues redoutables: ils se sont exhaussés sur leurs propres alluvions et coulent au-dessus de la plaine environnante. Aussi cet énorme réseau hydrographique est-il pratiquement inutilisable pour la navigation fluviale, et même insuffisant pour l’irrigation. C’est là un énorme handicap pour l’Australie qui ne possède pas de richesses fluviales comparables à celles des États-Unis.

L’agriculture, perpétuellement menacée par l’inconstance du climat, doit pourtant utiliser le mieux possible toute l’eau disponible. Cette recherche de l’eau s’oriente dans deux directions: l’aménagement des rivières, l’utilisation des eaux de puits.

Dès la fin du XIXe siècle, des périmètres d’irrigation ont été installés sur le bas Murray, près de Mildura. Ensuite, au fur et à mesure que le peuplement s’étendait, des organismes officiels ou privés ont construit des barrages de retenue dans la partie amont des cours fluviaux et ont irrigué d’importantes superficies. Après la Seconde Guerre mondiale, de grands travaux ont été effectués dans les Alpes australiennes: les eaux de la rivière Snowy, qui prend sa source dans le massif du Kosciusko, ont été détournées vers le bassin du Murray grâce à un tunnel de 22 km. À l’heure actuelle, les terres irriguées couvrent environ 800 000 ha dont 330 000 dans l’État de Victoria et 280 000 en Nouvelle-Galles du Sud. Il faut d’ailleurs noter qu’une partie des terres irriguées à partir des rivières sont situées dans des zones où les pluies sont assez abondantes; l’irrigation permet simplement de pratiquer des cultures exigeantes en eau (agrumes, luzerne, riz).

Les eaux souterraines sont largement utilisées. On se contente parfois d’atteindre les nappes phréatiques situées à assez faible profondeur. Sur le plateau calcaire de Barkly, le bétail peut être abreuvé grâce à des forages profonds de 30 à 100 m. Sur le plateau cristallin d’Australie-Occidentale, des poches dans le granite pourri, les gnamma holes , renferment de l’eau. Dans l’État de Victoria, on utilise des nappes d’eau situées dans d’anciens lits de rivière de l’époque tertiaire (deep leads ). Un peu partout, les sous-écoulements des rivières actuelles permettent d’obtenir de l’eau, parfois malheureusement trop salée.

Les bassins artésiens, qui occupent environ 2 800 000 km2, peuvent également fournir d’importantes quantités d’eaux profondes. L’existence du Grand Bassin artésien était prouvée par des sources jaillissantes naturelles, les mound springs ; certaines avaient construit des cônes de boue et de sable de quelque 40 m de haut. Le premier forage a eu lieu en 1870. Il y a aujourd’hui environ 3 000 puits artésiens et plus de 5 000 puits subartésiens. Sauf à proximité du golfe de Carpentarie, les eaux renferment peu de chlorure de sodium. Elles sont utilisées pour les agglomérations humaines, pour les abreuvoirs et pour des luzernières destinées à constituer des réserves de fourrage. La pression, très forte au début, a beaucoup décliné avec la multiplication des puits, et, pour maintenir un certain équilibre, un contrôle strict de l’administration a été établi.

La flore et la faune

L’Australie, atteignant au nord les tropiques, au sud les régions tempérées froides, offre des milieux très variés bien que ses caractères physiographiques soient peu tranchés: à peu près plat, le continent australien n’a pas de montagnes dépassant 2 200 m d’altitude.

C’est pourquoi rien ne commande aussi nettement la répartition des plantes et des animaux que la pluviosité: un tiers du continent reçoit moins de 250 mm, un autre tiers moins de 350 mm par an. Il ne pleut beaucoup que sur le littoral septentrional et oriental, ainsi que sur la côte sud-occidentale. Là seulement se rencontrent des cours d’eau permanents. Ailleurs, les systèmes hydrographiques sont fort peu réguliers et les lacs eux-mêmes sont souvent temporaires.

En dehors de cette aridité, un second facteur explique les particularités de la flore et de la faune, c’est l’isolement géographique.

Du point de vue biologique, la région australienne, qui comprend vers l’est la Polynésie, est limitée au nord par une ligne théorique qui passe entre Bornéo et Célèbes pour traverser ensuite les Philippines. On nomme cette limite la ligne Wallace, mais pour certains groupes d’animaux une autre limite a été définie, plus à l’est: c’est la ligne Weber. En réalité, cette notion de limites géographiques manque de souplesse: Mayr a montré (1945) que les espèces d’oiseaux changeaient graduellement d’est en ouest à travers les îles, et non pas brusquement selon la ligne Wallace. Celle-ci est plutôt une zone de passage entre la faune continentale riche, au nord, et la faune insulaire appauvrie de Célèbes et des Moluques.

Le fait que la dissémination des espèces se produise de manière très diverse selon les groupes d’animaux rend par surcroît délicate l’appréciation des limites biogéographiques: une zone de transition comme la ligne Wallace jouera un rôle différent selon qu’il s’agira, par exemple, des Mollusques ou du plancton atmosphérique. Enfin, la nature de telles barrières a beaucoup changé au cours de l’histoire géologique. Quoi qu’il en soit, la région australienne inclut l’Indonésie orientale, la Polynésie, la Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Zélande, ainsi que l’Australie et la Tasmanie; mais nous ne retiendrons ici que ces dernières.

Le cœur de cette région est en effet le continent lui-même. Au nord-ouest, les éléments australiens disparaissent aux lignes Weber et Wallace qu’atteignent et franchissent même diverses espèces asiatiques. À l’est, la faune d’Australie s’étend en Mélanésie et moins nettement en Nouvelle-Zélande, riche en endémiques qui semblent être arrivées aussi bien du sud que du nord (par la Nouvelle-Calédonie).

La flore

La végétation est formée de plusieurs zones vaguement concentriques entourant une région désertique. Celle-ci est excentrée vers l’ouest, si bien qu’en Australie-Occidentale la zone aride inclut la côte, qui en est distante à l’est de plusieurs centaines de kilomètres. Cette frange littorale est occupée par des forêts d’eucalyptus, sauf en quelques endroits au nord et à l’est, où forte pluviosité et sol favorable se conjuguent pour permettre à la forêt ombrophile d’apparaître. Une forêt humide sclérophylle existe d’autre part dans les chaînes montagneuses côtières. Vers l’intérieur, la zone forestière se dégrade en savanes boisées à eucalyptus, puis en formations buissonnantes à acacia, les scrubs (myall , mulga , boree , brigalow ); au sud, le scrub à eucalyptus porte le nom de mallee . Viennent ensuite des pelouses et steppes épineuses, puis c’est le désert épineux, avec quelques dunes sans végétation.

La flore comprend près de 1 200 espèces d’Angiospermes, 61 de Gymnospermes, 250 de Fougères, 600 de Mousses, plus de 1 000 d’Hépatiques, 1 000 de Champignons supérieurs, ainsi que de nombreux Champignons inférieurs et Algues. L’endémisme, chez les Spermaphytes, concerne trois familles seulement, mais plus de 500 genres sur 1 700 et notamment Grevillea , Styphelia , Melaleuca , Candollea , Goodenia , Hakea , Hibbertia , Pultenaea , Eremophila , tous typiquement australiens. Il existe 400 espèces australiennes d’acacias et 600 d’eucalyptus. On distingue dans la flore, à côté de l’élément australien, un élément malais, bien représenté dans le nord-est du Queensland: en face de 2 familles endémiques australiennes, 18 autres représentent des familles malaises, illustrant l’importance de cette contrée, point d’entrée des plantes venant d’Asie. Un troisième élément, dit antarctique, est plus hypothétique: des affinités ont été relevées entre les flores de Nouvelle-Zélande, d’Amérique du Sud et d’Afrique du Sud.

La faune

Les Vertébrés terrestres et dulçaquicoles groupent une centaine de Mammifères placentaires, plus de 100 Marsupiaux, 2 Monotrèmes, plus de 500 Oiseaux, près de 400 Reptiles, une centaine de Batraciens anoures (pas de salamandres ni de tritons) et 180 Poissons. Chez les Invertébrés, 700 Mollusques et, selon Keast (1959), 50 000 Insectes sont à mentionner. Les Oiseaux, qui constituent le groupe le mieux étudié, ont permis de délimiter des sous-régions zoogéographiques: la sous-région torrésienne (tropicale nord-orientale), la sous-région eyrienne (aride et semi-aride) et la sous-région bassienne (sud-orientale et sud-occidentale tempérée). Cette dernière doit, pour certains auteurs, être divisée en deux sous-régions distinctes. Les Reptiles sont répartis en quatre groupes (Keast, 1959) dont la localisation est analogue à la précédente: région du détroit de Torrès (point d’entrée de nombreuses formes indo-malaisiennes ou néo-guinéennes), Sud-Est forestier, Sud-Ouest forestier, zone aride intérieure. Des divisions semblables peuvent être admises en ce qui concerne la distribution des plantes, des Poissons, des Crustacés, des Mollusques, des Insectes et des Mammifères.

À la différence de la Nouvelle-Zélande, où beaucoup d’Insectes primitifs subsistent à cause d’un isolement plus prolongé, la faune australienne ne diffère guère des autres faunes continentales en ce qui concerne les Insectes . Les groupes primitifs, peu nombreux, renferment des moucherons (Diadocidinés), le termite géant (Mastotermes ) et une fourmi (Nothomyrmecia ). Beaucoup d’Insectes (par exemple la mouche Edwardsina ) ont d’étroites affinités avec les espèces sud-américaines, ce qui amène les entomologistes à admettre que ces animaux sont arrivés par le sud.

La faune australienne est intéressante en ce qui concerne les Mollusques , car elle renferme des reliques anciennes et des immigrants récents, mais les groupes dominants sont des genres endémiques appartenant à des familles d’extension géographique très vaste. Les Mollusques les plus remarquables sont ceux dont les affinités sont «méridionales», comme les moules d’eau douce (famille des Hyriidés); les grands escargots terrestres (famille des Acavidés) de la forêt sclérophylle ou ombrophile, du Queensland central à la Tasmanie; les Bothriembryon (Bulimulidés) qui abondent dans le Sud-Ouest. Les Camaenidés, qu’on rencontre aussi dans le Sud-Est asiatique, les Indes occidentales et l’Amérique centrale, ont évolué rapidement, produisant un grand nombre de genres et d’espèces typiques de la faune australienne, répandus de la forêt ombrophile aux régions arides. Dans chaque groupe, herbivore ou carnivore, l’adaptation aux variations climatiques est manifeste: certaines formes d’eau douce peuvent survivre jusqu’à trois ans en milieu desséché.

On compte seulement 180 espèces de Poissons dans les eaux douces peu étendues. Beaucoup de familles importantes manquent, ainsi les Cyprinidés et les Cyprinodontides; les Plotosidés sont peu nombreux et on ne trouve pas de poisson caractéristique des eaux dormantes (Whitley, 1959). Des formes archaïques sont à signaler: le poisson à poumon du Queensland (Neoceratodus ), le barramunda (Scleropages ) et le Gadopsis . D’autres, comme la «morue» de Murray (Maccullochella macquariensis ), proviennent des eaux salées mais sont devenues complètement dulçaquicoles. Beaucoup de Poissons australiens passent la saison sèche enterrés dans les sols humides, ainsi les goujons (Gobiomoridés) et les vérons (Galaxias ). D’autres, comme Madigania unicolor , supportent les eaux des puits artésiens dont la température peut atteindre 50 0C.

Si l’on ne compte qu’une seule famille endémique de Reptiles , celle des lézards apodes (Pygopodidés), de nombreux genres groupant les deux tiers des espèces sont endémiques. La faune reptilienne est caractérisée par l’importance des Élapidés, serpents venimeux, parfois petits et dangereux seulement pour diverses bestioles, d’autres au contraire très redoutables pour l’homme: le taipan (Oxyuranus scutellatus ), le serpent-tigre (Notechis scutatus ), le serpent de la mort (Acanthophis antarcticus ), le serpent brun (Demansia textilis ) et le «tête de cuivre» (Denisonia superba ). Bien qu’elles ne soient pas spéciales à l’Australie, plusieurs autres familles doivent être mentionnées: les dragons (Agamidés), les iguanes (Varanidés), les scinques (Scincidés) et les geckos (Gekkonidés).

La plupart des familles d’Oiseaux à répartition mondiale sont présentes. Les premiers immigrants ont acquis des différenciations considérables, mais les derniers restent proches des formes paléarctiques et néo-tropicales. Dans la première catégorie, on peut ranger les émeus (Dromaiidés), les casoars (Casuariidés), les mégapodes (Mégapodiidés), les perroquets (Psittacidés), les oiseaux-lyres (Ménuridés). Il faut encore citer les Atrichornithidés, les Grallinidés, les Artamidés, les Méliphagidés, les Ptilonorhynchidés, les Podorgidés et les Cracticidés. La seconde catégorie comprend notamment des gobe-mouches (Pachycéphalidés) apparentés aux Muscicapidés de l’Ancien Monde, des chanteurs, voisins des Sylviidés et des grimpeurs Climactéridés. Beaucoup de familles à large essaimage ont atteint l’Australie, où leur spéciation s’est développée en radiations évolutives diverses. Il existe ainsi 19 Anatidés, hautement endémiques, avec plusieurs genres monotypiques et aberrants: Cereopsis , Anseranas , Malacorhynchus , Stictonetta et Biziura . Des faits analogues se retrouvent chez les Colombidés (37 espèces) et les Estrildidés (17 espèces). Peu de migrateurs arrivent en Australie: deux martinets (Apodidés), un coucou (Cuculus saturatus ) et une hirondelle (Hirundo rustica ). À l’intérieur du continent, 66 p. 100 des oiseaux sont sédentaires et 8 p. 100 sont migrateurs (contre 60 p. 100 dans l’hémisphère Nord). Dans les zones semi-aride et aride, on rencontre des oiseaux nomades qui représentent 26 p. 100 de l’avifaune. Bien que certains de leurs déplacements aient une régularité apparente, les oiseaux nomades sont pour la plupart absolument errants sur la quasi-totalité du continent: leurs couvées sont sporadiques et peuvent se produire selon les circonstances écologiques en différentes régions, différentes saisons, ou pas du tout pendant plusieurs années.

En ce qui concerne les Mammifères , les Placentaires sont des chauves-souris, des rongeurs et le dingo (Canis familiaris dingo ) qui semble avoir été introduit par l’homme aborigène. Les Mammifères ovipares ou Monotrèmes, confinés en Australie et Nouvelle-Guinée, tels l’échidné (Zachyglossus aculeatus ) et l’ornithorhynque (Ornithorhynchus anatinus ), sont trop hautement spécialisés pour se situer à la base de la lignée évolutive placentaire. Ils ont dû se différencier à partir de formes prémammaliennes et ont évolué, peut-être en Asie, pour survivre ensuite à l’état relictuel dans le continent australien isolé. Il est en général admis que Marsupiaux et Placentaires sont deux lignées divergentes issues au Crétacé d’une même souche nord-américaine; par la suite, elles se sont dispersées en Amérique du Sud et en Europe. Les ancêtres des Marsupiaux australiens devaient être des petits Insectivores ou Carnivores à l’allure d’opossums (Didelphoïdea ) qui arrivèrent sur place dès la fin du Crétacé. Ces connexions de l’Australie avec l’Asie étant rompues, ils durent utiliser des radeaux de végétaux flottants. L’absence de Carnivores placentaires et la rareté des barrières écologiques ont permis le développement et la diversification des Marsupiaux. «Rats» et «souris» marsupiaux occupent les niches écologiques qui servent à leurs homologues euthériens en d’autres continents; les kangourous, les wallabies ont colonisé prairies et forêts que peuplent d’ailleurs daims et antilopes; les phalangers habitent le sommet des arbres à la façon des singes; les opossums (Petaurus ) remplacent les écureuils, etc. Sur tous ces animaux règne un prédateur, le thylacin (Thylacinus cynocephalus ). On retouve les Marsupiaux en Tasmanie, en Nouvelle-Guinée et dans les plus grandes des îles proches des côtes australiennes.

2. De la colonisation aux accords d’Ottawa

Découverte par l’Anglais Cook en 1770, l’Australie n’était peuplée que de quelques milliers d’indigènes très peu évolués. Sa colonisation se fit par trois apports successifs: les déportés (jusqu’en 1851), les colons agricoles (farmers et squatters ) et les chercheurs d’or (notamment en 1850 et en 1880). Peuplement à majorité anglo-saxonne, lent et limité aux villes; difficultés de communication à l’intérieur d’un continent massif, privé de voies navigables; menaces, sur ce continent presque vide, des ambitions japonaises ou chinoises dans le Pacifique: autant de problèmes que l’Australie a dû déjà affronter au cours d’une histoire de deux siècles.

La première colonisation

Les hommes de la Renaissance imaginent qu’une Terra australis incognita équilibre les masses continentales du Vieux Monde. Cependant, malgré quelques voyages d’approche au XVIIe siècle (Tasman, 1606-1642; Dampier, 1688), il faut attendre les expéditions de Cook pour que commence l’exploration. En 1770, il prend possession, au nom du roi d’Angleterre, d’un fragment de la côte orientale. La colonisation n’est envisagée que plus de quinze ans plus tard, après la perte des colonies américaines et devant la menace d’une installation française. 1 500 hommes, dont 800 forçats, partent, sous la direction d’Arthur Phillip, fonder la Nouvelle-Galles du Sud (26 janv. 1788).

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, les Anglais n’accordent qu’un intérêt médiocre à ces terres lointaines, où ils expédient les opposants irlandais. C’est le temps des forçats et des premiers explorateurs, qui recensent les terres exploitables au-delà des Blue Mountains. Les premières villes: Sydney (sur l’emplacement où les premiers colons ont débarqué), Melbourne (1835), Adelaïde (1836) sont fondées et quelques colons libres viennent s’établir. En 1797, le capitaine MacArthur a introduit le mouton dont les troupeaux vont devenir une des sources de la richesse locale, et l’on voit se multiplier des domaines immenses que les éleveurs (squatters ) se réservent aux dépens des cultivateurs (settlers ). Ces établissements permettent la prise de possession officielle, en 1803, de la Tasmanie, de l’Australie-Occidentale en 1830, du Victoria en 1835, de l’Australie-Méridionale en 1836. L’ensemble, cependant, reste modeste: il se présente sous la forme de noyaux de peuplement isolés les uns des autres. La présence des forçats (150 000 au milieu du XIXe siècle) donne mauvaise réputation au pays. Aussi les colons libres luttent-ils pour obtenir l’abrogation de la déportation (1840 en Nouvelle-Galles du Sud) et une reconnaissance politique. Ils obtiennent, de 1823 à 1842, du Parlement de Londres, des chartes constitutionnelles, créant des conseils locaux à responsabilité limitée. En 1850, le British Government’s Australian Colonies Government Act marque le début d’une véritable vie politique locale: cinq colonies (Nouvelle-Galles du Sud, Tasmanie, Australie-Méridionale, Victoria, Queensland) reçoivent un début d’autonomie.

Le développement économique

Cependant la découverte de l’or, à Bathurst en 1851, puis à Bendigo, bouleverse le pays. En vingt ans, on en extrait pour 190 millions de livres. Une population d’aventuriers et de pionniers se lance à la recherche de gisements nouveaux. La population quadruple en vingt ans: 405 000 habitants en 1850, 1 146 000 en 1860, 1 600 000 en 1870. Sur les camps des chercheurs naissent les villes (Ballarat, Bendigo, etc.). Le pays s’équipe en routes et entreprend la construction des voies ferrées. Un commerce, indispensable pour l’approvisionnement de ces centres nouveaux, s’organise. L’agriculture en est stimulée dans la mesure où s’accroît et se régularise le marché intérieur (laine et céréales surtout). Elle accueille même, après 1857, les chercheurs d’or déçus, désireux de s’établir. C’est l’occasion d’une assez grave crise agraire: les settlers , dont l’importance s’est brusquement accrue, exigent qu’une partie du sol contrôlé par les squatters redevienne «terre ouverte» et obtiennent par les Grant Acts (1865-1869) un accroissement notable des étendues mises en culture (au total, plus de 1,3 million d’acres). Aux éleveurs qui vendent déjà la laine sur le marché mondial, en Angleterre surtout, s’offre à partir de 1882 (invention des procédés de réfrigération) la possibilité d’exporter la viande. Un secteur industriel s’ébauche, médiocre d’abord (industries alimentaires et minières), à cause de la concurrence anglaise qui empêche notamment la création d’une industrie textile; on voit naître aussi une classe ouvrière, formée principalement de mineurs qui, en 1874, organisent les premiers syndicats (Union des mineurs).

Tout cela n’est qu’un début: en 1890, il n’y a encore que 15 000 km de voies ferrées, et l’on manque de capitaux d’équipement. Les quatre cinquièmes de la population restent groupés en Nouvelle-Galles du Sud et en Victoria; au total, il n’y a que 3,2 millions d’habitants.

Dans le domaine politique, chacune des colonies reçoit un gouvernement responsable, avec constitution à l’anglaise et gouverneur représentant l’autorité de la métropole. Seule l’Australie-Occidentale, moins peuplée, doit attendre jusqu’en 1890. Entre elles, les colonies, en dehors de conférences intercoloniales, peu efficaces, n’ont pratiquement aucun lien.

Le problème fédéral

Les années 1890 marquent une coupure: une grave crise économique secoue le pays, en liaison avec la dépression mondiale. Les cours de la laine baissent de moitié (en 1872, 3 F le kg; en 1895, 1,4 F). Les capitaux étrangers disparaissent, entraînant la faillite de banques. Dans leur lutte contre la crise, les colonies souffrent de leur isolement réciproque; les syndicats lancent des grèves qui échouent (1893). Ces expériences, confrontées à celles de la Nouvelle-Zélande, transforment les données de la vie politique.

En effet, tandis qu’après 1895 la prospérité revient lentement, stimulée par la découverte de nouveaux filons aurifères (Colgardie, 1892, et surtout Kalgoorlie, qui va rester le gisement essentiel), la question de la fédération passe au premier plan. On a ressenti le danger des ambitions allemandes et japonaises dans le Pacifique, et la crise a fait le reste. Dès 1885 un conseil fédéral siège. Sous l’influence de Londres se réunit une convention fédérale dont les travaux, difficiles, sont sanctionnés, après référendum, par un Acte du Parlement britannique (9 juill. 1900), approuvant, pour le 1er janvier 1901, la création d’un Commonwealth d’Australie. Il groupe les six colonies, qui deviennent des États. Seul le Nord, trop peu peuplé, ne constitue qu’un territoire, dépendant d’abord de l’Australie-Méridionale, plus tard du gouvernement fédéral.

Ce rapprochement favorise l’essor économique: accroissement des terres mises en culture (7,5 millions d’arpents en 1914), du troupeau (93 millions de têtes en 1911), du commerce extérieur (146 millions de livres en 1911). Il y a maintenant plus de 300 000 ouvriers travaillant dans des activités de base: extraction de l’or, du charbon (12 millions de tonnes en 1913), de l’étain (Tasmanie). La vie politique, stimulée par le vote des femmes après 1895, est profondément renouvelée par l’apparition d’un Labour Party, sous l’influence des milieux syndicalistes. Essentiellement réformiste, dans un pays où la vie politique manque de passion, mais soutenu par le vif sentiment de la démocratie qui anime la masse des colons, dont les origines européennes sont souvent modestes, le Parti travailliste fait éclater, comme il le fera plus tard en Angleterre, la vieille opposition libéraux-conservateurs, d’ailleurs peu marquée ici. À partir de 1904 (J. C. Watson) et surtout 1908 (A. Fischer), il ravit le pouvoir aux conservateurs de Deakin, qui avaient pratiqué une politique d’organisation de la fédération à l’intérieur, et de protectionnisme économique et racial à l’extérieur (vote, en 1901, de la «loi des cinquante mots», qui permet, sous prétexte d’analphabétisme, d’interdire l’entrée du continent aux Jaunes). Les travaillistes, qui restent au pouvoir jusqu’en 1914 avec de courtes interruptions, appliquent leur programme modéré de 1905.

Tout en accentuant le protectionnisme, ils pratiquent une politique de hauts salaires, développent l’instruction, imposent la journée de travail de huit heures, créent des institutions d’assistance. Le budget de l’État se gonfle démesurément, et la fiscalité s’accroît; mais le niveau de vie de l’Australien devient un des plus hauts du monde.

Les problèmes extérieurs

À l’extérieur, l’Union se sent rattachée par des liens économiques et stratégiques à Londres, qu’elle soutient à plusieurs reprises (notamment au Soudan en 1885 et contre les Boers en 1900). Les travaillistes lancent le pays dans la Première Guerre mondiale, où se regroupent les corps expéditionnaires australien et néo-zélandais, soit 300 000 hommes, qui interviendront sur les fronts d’Europe et du Proche-Orient. Cela n’empêche pas le gouvernement australien d’avoir conscience d’une mission à remplir dans les mers du Sud, dont il se considère comme le gardien: à la conférence de la Paix en 1919, le Premier ministre australien, Hugues, s’oppose aux idées de Wilson sur le rôle du Japon dans le Pacifique. Il obtient de la S.D.N. mandat sur les anciennes possessions allemandes au sud de l’équateur (à l’exception des Samoa). Ainsi s’affirme le début d’une politique internationale originale.

Les conséquences de la guerre dans le domaine économique n’apparaissent qu’assez lentement. Pendant le conflit, par manque de fret, on n’arriva pas à écouler toute la production agricole. La viande partait en priorité, et sa vente progressa. Mais les récoltes de blé ne s’écoulaient pas. L’arrêt des investissements britanniques paralysa temporairement les grands travaux. La fin du conflit, comme partout dans le monde, se marque par une courte crise de reconversion. Ce n’est finalement qu’à partir de 1921 que se font véritablement sentir les effets de la prospérité. La hausse générale des prix agricoles permet un réel essor de la vie rurale: les surfaces labourées doublent, tandis que le troupeau de moutons passe à 110 millions de têtes en 1929, le Japon devenant l’un des principaux clients de la laine et de la viande australiennes. Le secteur industriel se développe, notamment la métallurgie, qui est une création de la guerre. À l’abri de droits de douane renforcés, la métallurgie, l’industrie textile et l’industrie automobile s’affirment sur le marché national. Le niveau de vie reste très élevé: les gouvernements (de coalition ou conservateurs) pratiquent une série de réformes, qui complètent l’œuvre travailliste: assurances sociales, assurances chômage, ajustement automatique des salaires au coût de la vie.

Au tableau, deux points noirs. À partir de 1926, le déficit de plus en plus lourd de la balance commerciale, dû au niveau de vie élevé de la population, entraîne la nécessité de multiplier les emprunts à Londres, ce qui accroît la dépendance de l’Australie vis-à-vis du marché financier britannique. Par ailleurs, le peuplement est faible (5,6 millions en 1920) face à un Japon démographiquement débordant. D’où des efforts, faiblement couronnés de succès, pour attirer les émigrants anglais: de 1921 à 1929, 320 000 arrivées seulement. Ces émigrants sont pour la plupart des chômeurs dépourvus de ressources.

La crise économique

La crise mondiale de 1929-1930 touche profondément un pays dont la vie économique et financière dépend par trop de l’extérieur. Elle se traduit par un effondrement des prix de la laine et du blé. Le pouvoir d’achat des producteurs tombe au point de paralyser le commerce et de créer une vague de chômage. La crise éclate alors que les travaillistes, sous la direction de James Scullin, viennent de triompher aux élections (oct. 1929). Mal soutenu par une Chambre haute où il n’a pas la majorité, le gouvernement a de la peine à faire face. Les banques anglaises, alarmées par l’évolution de la situation, imposent, après l’enquête de sir Otto Niemeyer, une politique d’économie (accord de Melbourne d’août 1930), qui aboutit à réduire de 10 p. 100 environ les salaires et de 20 p. 100 toutes les dépenses de l’État. Cela ne va pas sans une scission à l’intérieur du groupe travailliste. Finalement, après les élections de novembre 1931, se constitue un cabinet de coalition, qui garde le pouvoir de 1932 à la guerre, avec J. A. Lyons, puis Menzies (United Australia Party, formé d’une minorité travailliste et du parti nationaliste).

Cependant, à partir de 1933, la reprise s’affirme, lentement, et en 1937, le revenu national par habitant est devenu comparable à celui de 1928. Mais la crise a laissé des traces. Tandis que l’industrie et l’élevage connaissent une nouvelle phase de prospérité, on constate un déclin relatif de la culture du blé, dû à l’instabilité des cours mondiaux.

Les accords de Westminster et d’Ottawa ont posé en termes nouveaux le problème des rapports avec Londres. Ils n’ont pu, en fait, que consacrer la situation précédente: si les Australiens sont très attachés au Commonwealth, s’ils sont britanniques de cœur, leurs intérêts économiques et politiques ne convergent pas toujours avec ceux de Londres. Comme la Nouvelle-Zélande, ils attendent de la métropole qu’elle leur achète le plus possible de produits bruts agricoles (blé, laine, viande, etc.), tout en cherchant au maximum à se protéger de la concurrence de ses usines. Dans ce domaine, la clientèle du Japon, qui manque de matières premières, apparaît aux Australiens comme un contrepoids possible au marché de Londres.

3. L’évolution politique depuis la Seconde Guerre mondiale

La Seconde Guerre mondiale et l’intermède travailliste

En août 1941, Menzies, dans l’impossibilité de continuer à diriger la coalition au gouvernement, fut supplanté par A. W. Fadden (Country Party, C.P.); l’élection d’octobre donna enfin le pouvoir aux travaillistes de l’Australian Labor Party (A.L.P.) conduits par Curtin. C’était à ce cabinet qu’il appartenait désormais d’organiser la défense de l’Australie contre le Japon, dont les troupes allaient débarquer en Nouvelle-Guinée et menacer l’Australie elle-même. Au lendemain du conflit, qui s’acheva par une victoire après un effort de guerre considérable, le Reestablishment and Employment Act (juin 1945) résolut les problèmes de la reconversion de la main-d’œuvre. Aidé par une immigration massive, le niveau de vie fut élevé. En même temps, le Parti travailliste (mené depuis juillet 1945 par Ben Chifley) se donna pour mission d’instaurer le Welfare State.

Ayant inquiété l’électorat avec un projet de nationalisation des banques, Chifley perdit les élections de 1949 devant une coalition dirigée par Menzies, régénéré, qui en 1944 avait regroupé les forces conservatrices sous l’égide du Liberal Party of Australia (L.P.). Les élections qui suivirent ne cessèrent de confirmer celles de 1949. Bénéficiant largement de la faiblesse de l’A.L.P. qui aboutit à un schisme profond du parti (en 1955), Menzies put gouverner pendant une période record de dix-sept ans, et ce ne fut qu’en 1972, et dans des conditions bien différentes, que les travaillistes reviennent au pouvoir.

L’ère Menzies

La force principale du gouvernement Menzies fut d’être au pouvoir pendant une période de croissance économique rapide, fortement stimulée par les besoins engendrés par la guerre de Corée (le prix atteint par la laine en 1951 ne fut dépassé qu’en 1987).

En favorisant l’entreprise privée et l’investissement étranger, Menzies acheva d’associer la loyauté impériale traditionnelle aux nouvelles relations politiques et économiques avec les États-Unis. Au sein de son gouvernement, il renforça sa position, suivant l’exemple du cabinet britannique dont il était très proche, par la formation en 1956 d’un comité secret (Executive Council) qui détenait la réalité du pouvoir exécutif.

L’autorité et la grande popularité de Menzies dissimulaient le fait que son gouvernement était indifférent aux problèmes sociaux, et qu’il était lui-même responsable de l’élimination de ministres et rivaux compétents. Après sa retraite, une succession rapide de Premiers ministres inefficaces (Harold Holt, John Gorton, William McMahon) rendit la coalition Liberal-Country Party (L.-C.P.) hors d’état de résister à l’opposition croissante qui se manifesta au sujet de la participation de l’Australie à la guerre du Vietnam et de la conscription, mais qui bientôt s’en prit aussi à l’apathie du gouvernement face aux questions sociales et urbaines et à son manque d’intérêt pour les aborigènes. Le L.-C.P. étant incapable d’élargir sa base électorale en dehors de ses places fortes rurales, la voie du pouvoir était ouverte à l’A.L.P. (tabl. 1).

Whitlam et le temps des réformes

Ainsi, pour la première fois depuis 1949, le parti travailliste, dirigé par le charismatique Gough Whitlam, prit la direction du gouvernement fédéral en 1972. Whitlam mit fin à la conscription et se lança dans un vaste programme, impatiemment attendu, de réformes sociales, de rénovation urbaine et de développement culturel et pédagogique. De nouvelles promesses furent faites aux minorités ethniques et aux aborigènes. Le programme national d’assurance médicale, Medibank, couronna l’ensemble de la législation réformatrice.

Le coût des programmes et la hausse rapide des salaires engendrèrent cependant des déficits graves, une inflation galopante, et un accroissement du chômage. Quand, en outre, des restrictions à l’entrée de capitaux étrangers destinés à l’investissement furent instituées, le gouvernement Whitlam fut tenu pour responsable de la plus grande partie du malaise économique. En novembre 1975, le Sénat, où l’A.L.P. était en minorité, refusa d’approuver le budget. Le gouverneur général, sir John Kerr, qui renvoya Whitlam et prononça la dissolution du Parlement, permit de sortir de l’impasse. Resurgit alors, comme si souvent dans les périodes précédentes, le dilemme traditionnel des travaillistes: gagner le pouvoir en récoltant les voix du centre, mais risquer à nouveau de s’aliéner une partie de ses électeurs par des réformes trop énergiques qui pourraient aboutir à une crise.

Les conséquences politiques de la crise économique

La coalition L.-(N.)C.P. (en 1975 le Country Party a pris le nom de National Country Party), menée par Malcolm Fraser, obtint une majorité écrasante qui fut confirmée aux élections de 1977. Depuis lors, des mesures sévères destinées à combattre l’inflation furent adoptées. Coïncidant avec une chute mondiale des taux d’inflation, celles-ci eurent une certaine efficacité, mais elles furent accompagnées de déficits importants et d’une aggravation du chômage (plus de 7 p. 100 en 1979 et, après un léger recul, à nouveau plus de 7 p. 100 en 1982). Nombre de programmes de réforme furent restreints, ce qui, en réaction, entraîna la création d’un nouveau parti politique du centre, les Démocrates australiens, dirigé par l’ancien ministre libéral Don Chipp puis par Janine Haines – première femme élue à la tête d’un parti politique australien.

Les travaillistes, pour leur part, ne surent pas encore saisir leur chance et, quand les élections de 1980 donnèrent à Fraser sa troisième victoire, on aurait pu croire que les trois ans de gouvernement A.L.P. (1972-1975) n’avaient constitué qu’une brève interruption de la domination continue – au niveau fédéral – de la coalition conservatrice. Néanmoins, les signes d’une crise sérieuse apparurent. La coalition perdit la majorité au Sénat, où les démocrates commencèrent à jouer un rôle d’arbitre, qu’ils ont toujours en 1992. Les conflits industriels et sociaux se multiplièrent.

Le retour de l’A.L.P.

À cette époque, l’A.L.P. avait plutôt la faveur d’une opinion politique de plus en plus hostile aux décisions du gouvernement: le système électoral australien profite aux grands partis, et la possibilité de voir le bipartisme politique brisé par les démocrates ne fut pas prise en considération. Aussi, lorsque, dès les derniers mois de 1982, la situation économique se détériora rapidement, l’inflation dépassant 10 p. 100 de même que le chômage, un bouleversement politique devint probable. Les travaillistes avaient déjà triomphé à quelques élections dans les États, quand Fraser commit une erreur tactique qui lui fut fatale. Il procéda à la dissolution du Parlement, mais sous-estima le dynamisme de l’A.L.P. qui, immédiatement, se donna pour chef le charismatique Bob Hawke. Ancien leader syndicaliste national et socialiste du centre, Hawke, le 5 mars 1983, mena son parti à une victoire écrasante.

Après 1983, Hawke fut confirmé au pouvoir par trois élections parlementaires (1984, 1987 et 1990), fait inouï pour un Premier ministre de l’A.L.P. Plus que jamais, la situation économique a dominé les débats politiques et, en conséquence, déterminé les succès électoraux. À son accession au pouvoir, l’A.L.P. trouva les finances fédérales dans une situation beaucoup plus difficile que Fraser ne l’avait indiqué. Aussitôt, Hawke et son gouvernement se sont employés à apparaître comme des gestionnaires capables et efficaces. Presque immédiatement, le pragmatisme remplaça l’idéologie et le dogmatisme. Dès ce moment, l’A.L.P. a largement occupé le centre de la scène politique. L’une des premières mesures prises par le nouveau gouvernement a été d’établir de bonnes relations avec les patrons et les employés. D’autres initiatives significatives avaient pour but des changements dans le système d’imposition, la mise en place d’une mesure de déréglementation économique et de restructuration industrielle, et des tentatives pour rationaliser la vie syndicale.

L’A.L.P. occupant le centre politique, en 1987 une attaque électorale fut montée par l’extrême droite, menée par le Premier ministre du Queensland, sir Joh Bjelke-Petersen. Comme sa campagne était surtout dirigée contre son propre parti, le National Party (N.P.), et les libéraux, elle ruina les chances que la coalition conservatrice aurait pu avoir de regagner le gouvernement fédéral. Dès son succès électoral en juillet 1987, Hawke vit s’accroître les problèmes économiques et politiques. Pendant que l’A.L.P. semblait de plus en plus prendre le parti des patrons, ses soutiens traditionnels commençaient à l’abandonner. Lors de plusieurs élections intérimaires et, surtout, aux élections locales de la Nouvelle-Galles du Sud, l’A.L.P. subit des pertes humiliantes.

L’échec total du N.P. finit par écarter les partis conservateurs du pouvoir en 1990. Paul Keating, ministre des Finances de Hawke, lança alors un défi à son chef. En décembre 1991, il avait rassemblé une majorité parmi les députés de l’A.L.P. et remplaça Hawke. Ironie de l’histoire: Keating était l’architecte de la politique économique désastreuse du gouvernement Hawke; il ne recouvra pas sa popularité auprès des électeurs.

Le renvoi du gouvernement Whitlam en 1975 n’a pas de précédent dans l’histoire politique fédérale et a ouvert un débat sur les fonctions proprement dites du gouverneur général. En outre, le problème des relations entre le gouvernement central et celui des États reste à résoudre. Le gouvernement Whitlam était idéologiquement plus centralisateur que les coalitions conservatrices qui l’avaient précédé, mais depuis 1975 les États ont à nouveau tenté d’affermir leur position. Cette attitude est renforcée par la perspective des ressources considérables que peuvent leur procurer les royalties minières et pétrolières, ainsi que par leur désir d’attirer les investissements étrangers pour financer des travaux d’infrastructure et des projets industriels.

La politique extérieure

Les événements militaires de 1941-1945 démontrèrent à tous les Australiens que dorénavant leur sécurité était étroitement liée à leurs rapports avec les États-Unis. Ces rapports furent concrétisés en 1951 (pendant la guerre de Corée) par le pacte de l’A.N.Z.U.S. (Australia, New Zealand and United States) qui, depuis lors, est demeuré le fondement de la politique étrangère de l’Australie. Le caractère de l’alliance a varié de temps à autre; Menzies et Holt firent parfois preuve d’une trop grande soumission, ce qui mécontenta beaucoup d’Australiens. En même temps, l’Australie dirigea ses efforts vers ses voisins asiatiques. H. V. Evatt, ministre des Affaires étrangères sous le gouvernement travailliste Chifley, fit honneur aux engagements pris à l’égard des pays sous-développés et des Nations unies. L’Australie a toujours soutenu vigoureusement le plan de Colombo (1950) pour aider les membres asiatiques du Commonwealth britannique. Cette politique humanitaire avait aussi pour origine le désir de stopper l’extension du communisme en Asie, politique qui se traduisit militairement au moment des guerres de Corée et du Vietnam.

Le développement des liens avec les États-Unis et de l’intérêt porté aux nations d’Asie fut considérablement favorisé par le déclin du pouvoir britannique «à l’est de Suez» et par la réorientation du commerce australien vers les marchés asiatiques. L’anglophilie extrême de Menzies masquait ces tendances dans une certaine mesure, mais, en 1967, l’Australie, qui l’année précédente avait adopté un système monétaire décimal – fondé sur le dollar –, refusa de suivre la Grande-Bretagne dans une dévaluation de la livre. L’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun scella la modification des rapports entre les deux pays. La popularité de la monarchie en a aussi pâti.

Le nationalisme autralien des années récentes n’a abouti qu’à l’adoption d’un nouvel hymne national, Advance Australia Fair . La question d’un nouveau drapeau sans l’«Union Jack» (comme celui qu’adopta le Canada en 1967), a suscité un débat public très vif. Après les événements de 1975, le sentiment républicain en Australie s’est développé. L’abolition de la monarchie, désirée par des catégories variées de la société australienne en 1992, apparaît possible pour 2001, année du centenaire de la création du Commonwealth.

Son isolement géographique et une force militaire limitée (70 000 personnes; les dépenses de défense n’atteignent pas 3 p. 100 du P.N.B.) continuent de restreindre l’importance internationale de l’Australie. Après la fin de la guerre du Vietnam, elle mena une politique étrangère plus indépendante, bien que le pacte de l’A.N.Z.U.S. en restât le fondement. Des relations diplomatiques furent établies avec les républiques populaires de Chine (1972) et du Vietnam (1976). En Asie du Sud-Est, les dirigeants australiens cherchent tous à promouvoir une stabilité internationale fondée sur des relations d’amitié avec les six nations de l’A.S.E.A.N. (en français, Association des nations de l’Asie du Sud-Est). Whitlam accorda l’indépendance complète au territoire de Papouasie - Nouvelle-Guinée (1975), qui continue de recevoir de larges sommes pour son développement. Malcolm Fraser joua un rôle actif sur le plan du Commonwealth britannique, intervenant vigoureusement pour assurer une transition vers un gouvernement noir au Zimbabwe.

Après l’avènement au pouvoir de l’A.L.P. en 1983, le pacte de l’A.N.Z.U.S. resta le pivot de la politique extérieure de l’Australie. Malgré une certaine lassitude causée par la présence et la nature de plusieurs bases américaines dans le pays, gouvernement et opposition s’étaient mis d’accord pour considérer qu’elles faisaient partie intégrante de l’équilibre stratégique entre les États-Unis et l’Union soviétique. Néanmoins, les visites de navires de guerre américains à propulsion nucléaire transportant des armes atomiques furent controversées, en particulier lorsque la Nouvelle-Zélande leur interdisait ses ports. En conséquence, les États-Unis écartèrent la Nouvelle-Zélande de l’A.N.Z.U.S. et l’Australie ne maintient plus que des liens bilatéraux avec ces pays.

Le caractère du pacte a changé avec la fin de la guerre froide, bien que les relations australo-américaines demeurent cordiales. Durant la guerre du Golfe, l’Australie fut partenaire de la coalition anti-irakienne. Mais les États-Unis ont fermé leur base militaire à North West Cape, et la politique extérieure de l’Australie s’éloigne de plus en plus de celle des États-Unis. L’Australie fut partie prenante dans le processus de paix au Cambodge.

L’Australie est toujours active dans le Pacifique Sud où le Forum du Pacifique Sud (association des États de la région) lui permet de jouer un rôle de leader. Son engagement prend avant tout la forme d’une assistance économique et maritime, mais son poids économique ne lui permet pas d’influencer la politique des nombreux États insulaires membres du Forum. Au contraire, l’initiative de politiques communes émane souvent de ceux-ci, comme la déclaration de Raratonga qui vise à dénucléariser le Pacifique. L’adhésion de l’Australie à cette déclaration peut entraîner des tensions avec les États-Unis.

Pour s’adapter à l’évolution de l’environnement politique, l’Australie a réorienté sa stratégie militaire vers le nord et l’ouest (Asie du Sud-Est et océan Indien) plutôt que vers le sud et l’est. La base navale Stirling, près de Fremantle, abritera environ la moitié de la force maritime du pays, et des bases aériennes ont été construites à Tindal (Territoire du Nord) et à Derby (Australie-Occidentale). La présence intermittente d’une escadre d’avions de combat F-18 à Butterworth (Malaisie) continue de témoigner de l’engagement de l’Australie en faveur de la stabilité dans l’Asie du Sud-Est. Dès 1986-1987, un programme massif (par comparaison avec le laxisme précédent) a été lancé, mais ces nouvelles dépenses se feront au détriment d’autres secteurs du budget de la Défense. En 1990, celui-ci se montait à 8,9 milliards de dollars, ou 2,3 p. 100 du P.N.B., et les forces australiennes comptaient 70 000 personnes.

4. Géographie humaine

La population indigène de l’Australie (environ 700 000 habitants en 1788) fut aisément repoussée par les colons anglo-saxons. De plus, les gouvernements coloniaux, puis fédéraux, adoptèrent une politique visant à la construction d’une «Australie blanche» avec le but d’exclure tous les immigrants de couleur. Seuls de petits groupes de Chinois purent s’établir en permanence; des travailleurs asiatiques ou mélanésiens, dans les régions chaudes du Nord, furent «importés» pour quelques saisons. Même si, à présent, le nombre des aborigènes augmente rapidement et si l’immigration est devenue plus libre, l’Australie est une nation nettement peuplée d’habitants d’origine européenne.

Les aborigènes

L’invasion blanche du continent australien a causé des pertes écrasantes aux aborigènes. En Tasmanie, les autochtones non métissés disparurent totalement. En même temps, de petits groupes de métis se développaient, assurant une certaine compensation numérique. La population noire tomba cependant à environ 67 000 personnes en 1933. Longtemps négligée par les gouvernements successifs et les Australiens blancs, cette population était condamnée à la stagnation. En 1960, elle n’était pas beaucoup plus nombreuse que trente ans auparavant: 70 000 autochtones, dont 40 000 non métissés.

Depuis, les améliorations des services d’hygiène et des conditions générales de vie, si imparfaites et diffuses qu’elles soient, ont fortement contribué à la croissance de la population aborigène, qui, au recensement de 1986, comptait 227 600 personnes (1,5 p. 100 de la population totale). Cet accroissement est dû principalement au taux de fécondité élevé des femmes aborigènes, les taux de mortalité restant très élevés. La durée moyenne de vie des aborigènes ne dépasse pas cinquante ans, alors qu’elle est de soixante-quinze ans pour les Blancs.

La répartition des aborigènes est très inégale; bien qu’ils soient présents dans tous les États, en 1989, c’est dans le Queensland qu’ils étaient les plus nombreux (61 300); puis venaient la Nouvelle-Galles (60 200), l’Australie-Occidentale (37 800) et le Territoire du Nord (34 700). Les autochtones non métissés vivent surtout dans les régions centrales et septentrionales du pays. De rares tribus (moins de 5 000 personnes) restent encore complètement isolées dans les immenses «réserves» que le gouvernement leur a laissées. Il y a toujours des nomades, qui subsistent en petits groupes et se nourrissent de la chasse et de la cueillette, mais les plus nombreux se sont installés dans des camps établis par le gouvernement ou par les missions.

Dès l’ère Whitlam (1972-1975), des communautés aborigènes ont pris leur destin en main et ont loué des domaines pour l’élevage des ovins ou pour d’autres entreprises. Il y a maintenant plus de 130 out-stations comptant de 30 à 50 habitants. Leurs chances de succès économique, et par là d’un fondement solide pour leur restauration sociale, ont considérablement augmenté grâce aux décisions de quelques gouvernements (surtout de l’administration fédérale de Whitlam et de celles de l’Australie-Méridionale et du Territoire du Nord) de leur accorder la propriété de leurs terres. D’autres États se sont opposés à cette évolution, et le gouvernement fédéral n’est pas disposé à utiliser le pouvoir de centraliser le contrôle des affaires aborigènes qui avait été accordé par un référendum national en 1967.

Après le Canada ou la Nouvelle-Zélande, l’Australie s’est donc engagée sur la voie difficile de la restitution de terres aux aborigènes, inversant ainsi la politique d’appropriation menée depuis 1788. L’un des exemples les plus spectaculaires de cette politique est la restitution d’Ayers Rock, attraction touristique de grande importance située à l’ouest d’Alice Springs (Territoire du Nord). Au total, les aborigènes possèdent ou contrôlent, au début des années 1990, 34,4 p. 100 de ce territoire, 18,7 p. 100 de l’Australie-Méridionale et 8,4 p. 100 de toute l’Australie.

La plupart des aborigènes ont quitté la vie nomade et ont adopté un mode de vie plus ou moins sédentaire. Mais, ne pouvant plus mener leur vie traditionnelle, un grand nombre d’entre eux n’ont pas encore trouvé de situation stable. Les uns vivent à la campagne où certains trouvent des emplois permanents, comme celui de gardien de bétail. Mais le sort le plus commun est le chômage dans des conditions difficilement acceptables. D’autres, plus nombreux (66,5 p. 100 en 1986), vivent dans les bourgades ou dans les grandes villes. Ils sont eux aussi largement en marge de la société blanche (le terme de fringe dwellers peut être utilisé aussi bien au sens propre que figuré) et rencontrent de graves problèmes, souvent raciaux. L’alcoolisme y fait d’importants ravages. Une infime partie de la population a trouvé la possibilité d’entrer dans des circuits permettant une certaine mobilité sociale (éducation, sport, etc.). Leur influence économique et politique directe est toujours très limitée.

Évolution démographique

Le peuplement de l’Australie par les Européens a été un processus lent mais dont le rythme a varié selon les époques. L’adoption d’une politique d’aide à l’immigration (1831-1842) donna la première impulsion réelle, mais ce ne fut qu’au moment des découvertes de l’or que le nombre des nouveaux arrivants devint considérable (1851-1860: 550 000 immigrants). Entre 1875 et 1914, une deuxième vague d’immigration apporta plus d’un million de personnes; aux Britanniques et aux Irlandais s’ajoutèrent de nombreux Italiens. L’année 1912, qui vit l’apogée de ce mouvement (92 000 entrées), fut suivie d’une période de ralentissement, aggravée par la crise économique mondiale, le chômage dépassant le taux de 30 p. 100 (1933).

Depuis 1946, tous les gouvernements ont fortement favorisé l’immigration. Pendant environ trente ans, grâce à une politique de subventions, plus de 4 500 000 «nouveaux Australiens» sont venus s’installer dans le pays; au cours de la seule année de 1969, le total des arrivants a été de 183 416. Avec 41,2 p. 100 des entrants (1945-1986), la Grande-Bretagne et l’Irlande fournissaient toujours le contingent le plus important des arrivants. Parmi les autres groupes, on peut constater de grandes variations d’origine (tabl. 2). Dans les premières années (1946-1950), de nombreuses personnes déplacées arrivèrent d’Europe centrale: Polonais, Baltes, Ukrainiens. Après 1951, les Hollandais, les Allemands, les Yougoslaves, les Grecs et surtout les Italiens ont constitué d’importants contingents. Au milieu des années 1970, à la suite de la crise économique, l’immigration a subi une diminution notable.

Depuis 1980, le nombre des immigrants a fortement fluctué; de 118 740 en 1981, il est tombé à 73 110 en 1984, puis est remonté à 113 600 en 1987 pour atteindre 163 600 en 1989. La composition de cette immigration aussi a changé considérablement. En particulier, après l’abandon virtuel de la politique d’une Australie blanche, le nombre des Asiatiques a augmenté. Cette tendance est renforcée par l’arrivée de réfugiés d’Asie du Sud-Est et de leurs familles: en 1990, 47 p. 100 des immigrants venaient d’Asie, contre seulement 19,9 p. 100 de Grande-Bretagne et d’Irlande. Les Vietnamiens (91 400 entrants pour la période 19451986) constituent en importance le neuvième groupe ethnique. Dès 1991, Hong Kong est devenu la source la plus importante d’immigration.

À l’afflux des immigrants s’ajoute l’accroissement naturel de la population. Dans les années 1960, l’excédent naturel atteignait 130 000 habitants par an, mais cette croissance rapide ne s’est pas poursuivie après 1970. Le taux annuel est tombé à 7,9 p. 1 000 en 1989, surtout à la suite de la baisse de la natalité: 14,9 p. 1 000 en 1989 contre 20 p. 1 000 en 1973. La durée moyenne de vie n’a pas cessé d’augmenter et dépasse 73,3 ans pour les hommes et 79,6 ans pour les femmes (1989). La disproportion entre le nombre des hommes et celui des femmes a pratiquement disparu.

Somme toute, malgré quelques périodes de croissance rapide (tabl. 3), si, en 1990, la population dépassait 17 millions, la densité moyenne de l’Australie était de 2,2 habitants au kilomètre carré. De plus, cette population est très inégalement répartie.

Répartition de la population

Tous les États australiens n’ont pas la même importance et les plus vastes ne sont pas les plus peuplés. Depuis les années 1970, on peut constater une régression légère des États du sud-est du pays (tabl. 4). Il s’est produit une progression surtout dans les États miniers (Queensland, Australie-Occidentale) et dans le centre administratif de Canberra. Phénomène exceptionnel, la population de l’Australie-Occidentale a dépassé en 1983 celle de l’Australie-Méridionale (et Perth celle d’Adélaïde).

Négation frappante de prédictions démographiques antérieures, la population rurale de l’Australie est toujours faible. Bien que l’agriculture soit encore un secteur important du produit national brut et que l’industrie minière ait connu une croissance remarquable, moins de 15 p. 100 de la population est rurale. Les grands déserts, steppes et autres régions à sol pauvre n’ont pas favorisé le développement de zones d’habitation, et même dans les États relativement bien peuplés comme le Victoria ou la Nouvelle-Galles du Sud, de vastes espaces sont presque vides. La densité de population de la totalité de l’Australie-Occidentale atteint 0,6 habitant par kilomètre carré.

La plupart des Australiens habitent les régions côtières de l’Est, du Sud-Est et du Sud-Ouest, c’est-à-dire les régions arrosées, de climat tempéré ou subtropical. La population urbaine représente environ 85 p. 100 de la population totale, avec 15 p. 100 dans des villes de moins de 100 000 habitants. Quelques-unes d’entre elles sont de véritables centres urbains (Launceston en Tasmanie, Cairns au Queensland, ou la capitale du Territoire du Nord, Darwin), mais les plus nombreuses ne sont que de petits marchés de régions agricoles. Par leur caractère, leur mode de vie et les facilités qu’elles offrent, elles ont peu de ressemblance avec les capitales des États et les autres grandes villes.

Urbanisation et décentralisation

L’urbanisation de l’Australie se poursuit. Environ 70 p. 100 de la population est concentrée dans les villes de plus de 100 000 habitants. L’expansion des grandes villes et surtout des capitales des États continue, comme en témoignent la prolifération des gratte-ciel dans les centres à vocation commerciale (central business districts ) et les maisons individuelles en banlieue. Dans les années 1970, presque tous les gouvernements, au niveau fédéral et au niveau des États, ont fait des efforts sérieux en faveur d’une décentralisation. Parmi les projets, le jumelage des villes d’Albury et de Wodonga (à la frontière du Victoria et de la Nouvelle-Galles du Sud) occupa la place d’honneur. Mais il était difficile de modifier les tendances naturelles, et la récession a entraîné l’arrêt de la plupart de ces expériences. Néanmoins, des efforts sont toujours faits pour développer en province les avantages de la vie urbaine: équipements culturels, services sociaux, enseignement supérieur.

5. Évolution économique

Les conditions géographiques

Sur sa vaste étendue – quatorze fois celle de la France –, l’Australie possède une variété énorme de climats et de paysages naturels. Les deux problèmes les plus importants sont la pauvreté de la plupart des sols et la faiblesse ainsi que l’irrégularité des précipitations dans beaucoup de régions. En conséquence, le développement économique du pays a toujours été dans une grande mesure extensif et très inégal. La répartition démographique a suivi ce modèle de mise en valeur.

Presque uniquement habités par des aborigènes, les déserts et steppes arides du centre sont formés par l’ouest du Queensland et de la Nouvelle-Galles du Sud, le Territoire du Nord, la partie septentrionale de l’Australie-Méridionale et une grande partie de l’Australie-Occidentale. L’agriculture y est impossible, et seules quelques entreprises minières isolées ont pénétré dans le désert. Parmi elles, on peut noter les mines d’uranium ainsi que les gisements de minerai de fer du Pilbara. Autour de ces immensités, la terre est aride mais permet l’élevage extensif de moutons, surtout au sud du parallèle de 260 sud. Toutefois, des sécheresses sévères qui durent parfois quelques années causent de graves dommages à l’agriculture comme aux troupeaux dont le nombre de têtes a toujours beaucoup varié. Dans le nord du pays, où les pluies tropicales sont plus régulières, l’élevage est surtout bovin. Mais là aussi, du Kimberley, dans l’ouest, à la côte est du Queensland, les conditions, dans les régions de l’intérieur, peuvent varier d’année en année.

Cet ensemble de régions semi-arides renferme un grand nombre de gisements et de mines, qui sont les plus importants de l’Australie. Parmi eux, il faut d’abord noter les grands complexes de métaux lourds de Broken Hill (Nouvelle-Galles du Sud) et de Mount Isa (Queensland), mais aussi les gisements de minerais variés autour de Kalgoorlie (Australie-Occidentale) et les mines de charbon ouvertes plus récemment dans le Bowen Basin du Queensland.

À mesure qu’on s’approche de la côte, le volume des précipitations s’accroît (entre 250 et 600 mm par an), rendant possibles l’agriculture (parfois conjuguée à l’élevage) et un élevage plus intensif. La culture du blé se concentre surtout dans deux wheat-belts , la plus grande s’étendant du sud du Queensland à travers les plaines du Murray (la Riverina, partagée entre les États de Nouvelle-Galles du Sud et Victoria) jusqu’au littoral des golfes de Saint-Vincent et de Spencer, et au-delà la péninsule Eyre de l’Australie-Méridionale, et la plus petite dans le sud-ouest de l’Australie-Occidentale. Sur les plaines littorales, à la périphérie des capitales de ces deux derniers États, assez limités en ampleur, existe une agriculture variée plus élaborée qui inclut l’élevage de vaches laitières et d’agneaux gras, ainsi que la culture de légumes et de vignes. On retrouve ce type d’activités dans le sud du Victoria (région du Gippsland à l’est de Melbourne) et sur toute la côte de la Nouvelle-Galles du Sud.

D’autres parties du sud-est de l’Australie ont bénéficié largement de vastes systèmes d’irrigation. Deux régions en particulier ont connu un essor agricole remarquable: la vallée du Murray, principalement à Mildura et Renmark, et la Riverina. L’irrigation de cette dernière a été la conséquence du grand Snowy Mountains Scheme (plan pour les Alpes australiennes) entamé après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Né de la conviction que la nature difficile de l’Australie pouvait être maîtrisée, ce projet a changé le cours d’une grande partie des eaux provenant de la section centrale de la cordillère du Sud-Est (les Alpes australiennes). Au lieu de se précipiter dans l’océan Pacifique sans bénéfice pour les territoires qu’elles traversent, elles furent déviées par des tunnels vers l’ouest. Utilisées à la fois pour la création d’énergie hydroélectrique, les eaux des rivières Goulburn, Murray et Murrumbidgee permettent une agriculture intensive avec des cultures de riz, des arbres fruitiers, du tabac et de la vigne.

Dans l’histoire récente de l’Australie, de nombreux projets pour arroser le cœur aride du pays ont vu le jour, mais il est douteux qu’ils soient jamais réalisés.

Deux régions n’ont aucun besoin d’irrigation artificielle. Grâce à sa situation insulaire et méridionale, la Tasmanie possède un climat tempéré et océanique. Des barrages dans l’intérieur de l’île ont seulement pour but la production d’électricité.

Le volume des précipitations est aussi important dans les régions littorales tropicales. Si les conditions naturelles de la côte du Nord et du golfe de Carpentarie ne permettent pas de développement agricole, le littoral est du Queensland, en revanche, a vu un essor rapide de la culture de canne à sucre. On y trouve aussi des cultures fruitières (bananes, ananas); après beaucoup d’efforts, la culture du coton s’est définitivement établie et semble être un atout pour l’exportation.

Il faut reconnaître que l’Australie est très proche de ses limites en ce qui concerne l’aménagement de sa nature inhospitalière. Cette conclusion provient aussi du fait que le nombre des exploitations agricoles en Australie ne s’accroît plus; il va sans dire que l’automatisation continue joue un rôle dans ce phénomène, mais la chute du nombre des exploitations de 250 000 en 1965 à 126 500 en 1989 est assez significative.

La prise de conscience, depuis le début des années 1980, de l’extrême fragilité de l’environnement a débouché sur une politique de conservation des ressources naturelles. L’érosion des sols et l’accroissement de leur teneur en sel existent dans toutes les régions d’agriculture et d’élevage. Des sécheresses successives, comme en Afrique, ont contribué à étendre les déserts et à réduire les terres arables. Des mesures de protection existent pour les forêts, les récifs, les parcs nationaux, etc. Aucun projet industriel ne peut être mis en œuvre sans une évaluation préalable de son influence sur le milieu. L’adhésion de l’Australie à des conventions internationales sur la protection de l’environnement a causé des difficultés considérables entre le gouvernement fédéral de Canberra et certains États, en particulier le Queensland et la Tasmanie.

Depuis la fin des années 1980, les écologistes bénéficient d’un grand soutien populaire. Cependant, le gouvernement fédéral et la plupart des gouvernements des États donnent la priorité à la réduction du chômage; il en résulte des conflits aigus.

Caractères généraux

Après la Seconde Guerre mondiale, l’économie australienne a connu un formidable essor, qui ne se ralentit qu’en 1973. Le P.N.B. est passé de 5 099 millions de dollars en 1949-1950 à 113 818 millions en 1979-1980. Pour la décennie 1970-1980, l’inflation entre pour une grande part dans cet accroissement. En termes réels, celui-ci n’a pas dépassé 39 p. 100 et, de 1973 à 1983, il ne fut que légèrement supérieur à 2 p. 100 par an. Depuis 1983, l’accroissement en termes réels n’a pas dépassé 1 p. 100 par an en moyenne, avec un léger déclin en 1990 et en 1991. Comme le taux d’inflation jusqu’en 1990 était élevé, entre 11 et 7 p. 100, le P.N.B. s’accrut rapidement: 192 milliards de dollars en 1983-1984 et 380 milliards en 1990-1991 (le quatorzième du monde). En 1991, le taux d’inflation tomba à moins de 2 p. 100, ce qui laissait espérer une croissance économique réelle dans les années suivantes.

Les exportations ont été le secteur le plus dynamique de l’économie australienne, fait notable car beaucoup de produits de consommation sont toujours importés. Mais, tandis qu’en 1960 80 p. 100 des exportations étaient des produits agricoles, au cours des années 1980 ce chiffre est tombé à 33 p. 100 alors que 38 p. 100 des exportations consistent en minéraux et carburants (charbon, pétrole, gaz). La valeur du total des exportations minérales en 1987 a atteint le record de 16 milliards de dollars. Le secteur rural a été très éprouvé lorsque les prix puis les quantités exportées de blé et de céréales chutaient, que ceux du sucre et des viandes stagnaient et que la laine semblait souffrir de la concurrence écrasante des autres fibres. En 1986-1988, la production de laine s’est considérablement accrue mais, dès lors, son prix baissa beaucoup à cause des grandes réserves accumulées. Il en va de même pour le secteur minier, frappé également par la récession mondiale et une âpre concurrence. Malgré des problèmes sérieux, le charbon est demeuré l’article d’exportation le plus rentable, et l’or a effectué une remontée. Tous les secteurs ont été très favorisés par la chute du dollar australien, ce qui a aussi bénéficié à l’industrie et, nouvel élément dynamique, au tourisme. Les exportations de produits industriels, dès 1986-1987, ont crû en moyenne de plus de 17 p. 100 par an (en particulier en matière de transports et d’informatique).

Les ressources dues au tourisme, en 1990-1991, représentaient plus de 6 milliards de dollars. Entre 1986 et 1990, le nombre des touristes étrangers augmenta de 55 p. 100 (la croissance la plus forte du monde). Parmi les 2 200 000 visiteurs, plus de 20 p. 100 étaient des Japonais, 18 p. 100 des Néo-Zélandais et 12 p. 100 des Britanniques.

Dans le même temps, la structure de l’économie australienne a subi des modifications importantes, qui ont bouleversé quelques tendances traditionnelles (tabl. 5). En 1965, on pensait que l’Australie était en train de devenir un pays fortement industrialisé. Des changements dans les critères adoptés par les statistiques nationales ne permettent malheureusement pas d’établir des comparaisons sur une longue période du nombre des entreprises, mais la baisse du nombre des ouvriers (du chiffre record de 1,36 million en 1974 à 1,24 million en 1989) est encore surpassé par celui de la part de la production industrielle dans le P.N.B. (de 27,5 p. 100 en 1966-1967 à 16 p. 100 en 1988-1989). Cette régression, qui n’a pas pu être enrayée par une politique protectionniste, s’est arrêtée en 1989-1990. Tandis que les secteurs traditionnels sont en déclin, l’apparition de nouvelles industries et de produits de technologie avancée donne l’espoir d’une seconde vague d’expansion. Le secteur rural aussi a reculé, à cause, principalement, de la baisse du commerce du beurre, maintenant presque exclu du marché britannique. Trois secteurs dynamiques ont pris des places dominantes: l’exploitation minière, les activités financières et les services administratifs et sociaux. Tandis que le premier n’emploie que peu de personnes (105 400 en 1989), les deux autres secteurs emploient environ 37 p. 100 de la population active, 3,1 millions sur un total de 8,2 millions.

Le niveau élevé des salaires australiens a nécessité, dès les origines de l’industrialisation, l’adoption d’une politique protectionniste assortie de subventions. Sans cette politique, la poussée industrielle qui a eu lieu après 1945 n’aurait pas été possible; mais, en même temps, elle a suscité une résistance dans d’autres secteurs et parmi les consommateurs, en particulier dès 1973 après le début de la crise économique. Le gouvernement Whitlam réduisit les droits sur les importations, mais cela n’entraîna guère l’amélioration espérée de la productivité.

Le gouvernement Fraser prit quelques initiatives, mais ce n’est qu’à l’avènement du gouvernement pragmatique de Hawke (1983) que des tentatives sérieuses furent faites pour revitaliser l’industrie australienne et améliorer la compétitivité de l’économie nationale. Sa dépendance du marché mondial pour ses produits agricoles et miniers fut considérée comme un risque toujours grandissant, ainsi que ses budjets fortement déficitaires, son inflation, ses taux d’intérêt élevés et le déficit de sa balance des paiements. La dette étrangère s’accrût rapidement et, en 1991, dépassa 134 milliards de dollars. En même temps, l’industrie automobile ne fabriquait pas plus de voitures qu’il y a vingt ans. Un programme de rationalisation, de déréglementation, de croissance limitée des salaires et de réduction des tarifs protectionnistes a été adopté.

L’agriculture

Si la valeur de la production agricole a presque quadruplé depuis 1967 (atteignant 23 milliards 120 millions de dollars en 1988-1989), son volume n’a pas changé dans les mêmes proportions. Des circonstances climatologiques et économiques ont causé des fluctuations considérables, par exemple dans les récoltes de blé. La production de 1968-1969 (plus de 13 Mt) fut dépassée dans les années 1978-1979 à 1981-1982, mais la saison suivante fut désastreuse: moins de 7 millions de tonnes (Mt). En 1988-1989, la proportion était de 14 Mt. Quoique le blé australien soit d’une qualité supérieure, les politiques protectionnistes des États-Unis et du Marché commun l’ont fortement désavantagé. Les emblavures sont tombées de 12,9 millions d’hectares en 1984 à 8,8 millions en 1988.

L’orge et l’avoine suivent la même tendance. Les céréales restent la principale production agricole (environ 42 p. 100 en valeur), avant la canne à sucre (8 p. 100) et les fruits et légumes. Environ 75 p. 100 des céréales et du sucre sont exportés, mais leur contribution à la valeur totale des exportations dépend des prix courants. La valeur du blé entre 1981 et 1987 est passée de 11,5 à 5 p. 100. Son revenu en 1987 (2,5 milliards de dollars) n’était plus que les deux tiers de celui de l’année précédente.

La laine connaît une baisse depuis l’effondrement des prix en 1989. La régulation du marché par l’Australian Wool Corporation a été abandonnée, et, après quelques années désastreuses, on peut compter sur une reprise. Quant au coton, la valeur de ses exportations est passée de 67 millions de dollars en 1980 à 460 millions en 1989.

La production agricole australienne, qui est liée en grande partie à des conditions naturelles et saisonnières, a toujours été tournée principalement vers le marché extérieur. Les produits agricoles jouent donc un rôle fondamental dans l’économie de l’Australie et dans ses relations financières avec l’outre-mer. Les produits australiens dépendent pratiquement tous des prix obtenus sur le marché mondial, qui peuvent varier très fortement. Très tôt, les agriculteurs, presque toujours groupés politiquement, ont su persuader le gouvernement fédéral de les assister, par exemple pour fixer les cours flottants, subventionner des régions ou des produits en situation difficile sur le marché international, ou négocier des traités commerciaux favorables. Pour la recherche et le marketing international, d’importantes organisations ont été créées, comme l’Australian Wheat Board et l’Australian Wool Corporation.

À cause des mesures protectionnistes des grandes puissances économiques (Marché commun, États-Unis, Japon), l’Australie est un leader dans la campagne des pays du groupe de Cairns (groupe nommé d’après la ville du Queensland, où les représentants se rencontrèrent pour la première fois, et comprenant une dizaine de pays: l’Australie, le Canada, l’Argentine, l’Uruguay, la Hongrie et d’autres importants producteurs agricoles) en faveur de la liberté du commerce des produits agricoles. De longues négociations dans le cadre de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (G.A.T.T.), à Genève, n’ont pas encore eu de résultats satisfaisants.

Les cultures

Les céréales occupent plus des trois quarts des surfaces cultivées, et le blé à lui seul en occupe plus de la moitié. Les wheat-belts s’accroissent ou déclinent selon les années, en fonction des conditions pluviométriques et des cours du marché mondial. Partout, l’utilisation d’engrais chimiques est nécessaire. On a développé des espèces de céréales et des techniques de production adaptées aux régions semi-arides ou arides. Aujourd’hui, ces connaissances peuvent être très précieuses pour les pays étrangers rencontrant les mêmes conditions et forment un segment important de l’aide extérieure accordée par l’Australie.

Une série d’années sèches et la surproduction mondiale avaient causé la diminution des emblavures après 1945: 5 500 000 ha en 1947, 4 249 000 ha en 1952. Dans les années 1960, une forte demande sur le marché international, alliée à des conditions favorables, a entraîné une phase de prospérité extraordinaire. La superficie cultivée en blé fut de 10,8 millions d’hectares en 1968, et la production atteignit un niveau record de 14,8 Mt. La décennie suivante fut fort décevante, et ce ne fut qu’en 1978-1979 que la récolte dépassa ce chiffre (18,1 Mt; une moyenne de 1,77 t/ha); en 1988-1989, les résultats furent de 13,9 Mt, et la moyenne de 1,58 tonne par hectare.

L’avoine est cultivée extensivement en assolement avec le blé, ou plus intensivement dans la partie du pays arrosée par les pluies, en Tasmanie et dans le sud du Victoria; elle sert surtout à la nourriture du bétail. L’orge est utilisé aussi par les grandes brasseries australiennes (le pays est le troisième consommateur par tête de bière du monde), et exporté vers celles du Japon. Le maïs n’a qu’une importance limitée. Le sorgho progresse lentement dans les régions tropicales. L’irrigation, dans les vallées du Murray et du Murrumbidgee et, plus récemment et dans une moindre mesure, dans la région de l’Ord, a permis la culture du riz. Grâce à l’utilisation des méthodes les plus modernes, les rendements sont très élevés et une partie de la production (plus de 748 000 t/an) est exportée.

La variété de ses climats et le développement de l’irrigation permettent à l’Australie de produire une grande diversité de fruits de régions tempérées, méditerranéenne et tropicale. Surtout pour les premiers, l’exportation est plus importante que la consommation intérieure. L’Australie produit environ 320 000 tonneaux de pommes par an, surtout en Tasmanie, mais aussi dans le Victoria et en Australie-Occidentale. Pour les poires, le Victoria fournit la plus grosse partie de la récolte; pêches et abricots viennent d’abord de la Riverina irriguée. En Queensland, de vastes plantations d’ananas ont été créées (150 000 t/an); aujourd’hui, les bananiers (plus de 9 000 ha) les surpassent en superficie, sinon en production (plus de 190 000 t/an).

La vigne, une des plus anciennes cultures coloniales, a récemment connu un essor remarquable. Plus de 60 p. 100 du vignoble est consacré à la production de vin. Il faut souligner l’importance de la vallée de Barossa en Australie-Méridionale et de la vallée de Hunter en Nouvelle-Galles du Sud. Des vignobles moins étendus existent dans le Victoria et en Australie-Occidentale. Les vins sont de tous types. La production stagne à 400 millions de litres après une période de croissance rapide causée par une augmentation considérable dans la consommation locale (plus de 20 l par tête et par an). Une exportation s’est développée, qui augmente rapidement. Le reste du vignoble fournit du raisin frais et des raisins secs; c’est surtout le cas des petites exploitations irriguées près de Mildura et de Renmark.

Depuis les débuts de sa culture commerciale, en 1863, la canne à sucre a été la seule culture tropicale d’importance en Australie. Elle s’étend le long de presque tout le littoral est du Queensland. Aujourd’hui, plus de 300 000 ha sont cultivés et la production de sucre atteint 3,5 Mt dont les deux tiers environ sont exportés. La culture de la canne, dans des exploitations relativement petites, de 25 à 30 ha, est très mécanisée. Les rendements sont très élevés: environ 12 t de sucre brut à l’hectare. Toute la production est raffinée en Australie même. Quelques sucreries appartiennent à des coopératives de planteurs, mais le rôle dominant est joué par la Colonial Sugar Refining Company. Elle possède un grand nombre de raffineries et dirige la vente de tout le sucre exporté sur le marché mondial, où il se heurte à la concurrence subventionnée du sucre de betterave européen.

Les forêts donnent quelques bois durs, surtout le jarrah et le karri. Plus récemment, la culture du pin a augmenté rapidement; ce bois, destiné à la construction et aux papeteries, est également exporté. En 1988, la production totale dépassa 20 millions de mètres cubes. La sylviculture est un important sujet de controverse entre les groupes écologistes et les gouvernements. Quelques espèces d’eucalyptus contiennent une essence qui est distillée pour l’industrie pharmaceutique. Au cours du XIXe siècle, l’eucalyptus et le mimosa eux-mêmes ont été exportés; un grand nombre de fleurs originaires d’Australie font l’objet d’un commerce croissant.

L’élevage

L’Australie a longtemps possédé le plus grand troupeau de moutons du monde. Son nombre a subi de fortes fluctuations dues aux conditions climatiques et économiques depuis la première période de croissance, dès 1830. En 1891, on compta pour la première fois plus de 100 millions de têtes, mais une sécheresse grave et longue ramena ce nombre à 53 millions. Après la Seconde Guerre mondiale, des circonstances économiques et naturelles favorables produisirent un accroissement remarquable. En 1965, un sommet de 170 622 000 ovins fut atteint. L’année suivante, une saison sèche provoqua une baisse sévère, et, depuis 1970, le chiffre est resté au-dessous de ce niveau. En 1989, on compta 162 millions de têtes (premier rang du cheptel mondial). La production australienne de laine est restée la plus élevée du monde: 959 000 t (1989), soit plus de 30 p. 100 de la production mondiale. Son excellente qualité et un marché en hausse ont causé une augmentation de sa valeur, de 1 647 millions de dollars en 1980 à 5 900 millions en 1988, avant la chute des prix en 1989. L’Australie exporte plus de 90 p. 100 de sa laine, surtout vers le Japon, l’ex -U.R.S.S. et les pays d’Europe de l’Ouest. Les trois quarts des moutons australiens sont des mérinos à laine fine, d’une race originaire d’Espagne. Le reste du cheptel ovin est constitué de moutons croisés, pouvant fournir de la laine de moins bonne qualité ou de la viande. La production et surtout l’exportation de viande de mouton et d’agneau ont baissé (125 000 t environ), mais à celles-ci s’est ajoutée l’exportation d’animaux «sur pied» vers les pays musulmans. Leur nombre a dépassé les 6 millions de têtes par an.

Le troupeau de gros bétail compte 22,4 millions de têtes (après un nombre record de 33,4 millions en 1976). Deux types d’élevage de caractère et d’importance différents doivent être distingués: celui des bœufs, pour la viande, et l’élevage des vaches laitières. La production de viande de bœuf et de veau a rapidement augmenté depuis 1967, atteignant un maximum de plus de 2 Mt en 1977. La concurrence internationale et des conditions économiques défavorables ont cependant réduit cette quantité à 1,5 Mt en 1988-1989, dont environ 40 p. 100 sont exportés. Les marchés les plus importants sont le Japon, la Corée et les États-Unis. L’élevage pour la viande se trouve principalement dans la région tropicale. Pendant les mois d’été et de pluie, les animaux sont bien nourris, puis ils sont transportés vers les abattoirs situés dans les ports, principalement sur des camions géants à remorque (roadtrains ). Les vaches laitières sont beaucoup moins nombreuses que les bœufs (2,5 millions contre 20 environ), mais après des années de crise la valeur de leur production a recommencé à croître. La production annuelle de beurre atteint 114 000 t, dont 41 000 t sont destinées à l’exportation. Le beurre est fabriqué largement par des coopératives, de même que le fromage (170 000 t, d’une diversité croissante). La production de l’industrie laitière australienne ne représente que 1 p. 100 de la production mondiale, mais les exportations constituent 7 p. 100 du commerce total.

La production de poules (407 000 t) et de porcs (308 000 t) n’est destinée qu’à la consommation locale, et son niveau, bien que s’améliorant, est toujours médiocre.

La pêche

La pêche n’a pas l’importance qu’elle devrait avoir (valeur totale en 1988-1989: 811 millions de dollars), mais l’instauration en 1979 de la zone économique exclusive de 200 milles marins offre de nouvelles possibilités. La pêche à la langouste en Australie-Occidentale (valeur: 195 millions de dollars) permet des exportations vers les États-Unis et le Japon, qui reçoivent également des crevettes pêchées au large du Queensland. La pêche à la baleine a disparu totalement avec la fermeture de la station d’Albany (Australie-Occidentale), intervenue en 1978. À Broome (également en Australie-Occidentale), la culture de perles, presque disparue il y a quelques années, a été revitalisée.

L’industrie

Les industries extractives

Le sous-sol australien renferme un très grand nombre de minerais. Le développement historique et économique des gisements et réserves a dépendu, en grande partie, de la situation du marché international et des coûts de production (parfois dans des régions isolées) et de transport. Les exportations, en 1988-1989, atteignirent le niveau record de 20,5 milliards de dollars.

L’essor de l’industrie extractive commença de façon spectaculaire, quand, en 1851, l’Américain Edward Hargraves découvrit de l’or en Nouvelle-Galles du Sud. Peu après, des dizaines de champs aurifères furent exploités dans cet État et au Victoria. Surtout, à Ballarat et Bendigo, des richesses inouïes furent découvertes. Jusqu’en 1860, l’Australie produisait 40 p. 100 de tout l’or extrait dans le monde. Non seulement l’économie australienne mais aussi la société se transformèrent. Dans les années 1850, la population passa de 438 000 à 1 168 000 habitants, dont 540 000 dans le seul Victoria. Plus tard, d’autres champs furent découverts, dans le Queensland (Charlotte Towers) et surtout en Australie-Occidentale. Travaillant d’abord dans le Pilbara, les diggers (chercheurs d’or) se dirigèrent en foule, dès 1893, vers la région de Coolgardie et Kalgoorlie.

Partout, de puissantes sociétés remplacèrent les mineurs individuels, l’or se trouvant dans des filons de quartz qui, après les premières découvertes en surface, doivent être exploités par des procédés mécanisés et coûteux. C’est en 1903 que la plus grande quantité d’or fut extraite (119 t). Puis elle diminua graduellement, passant à 30 t en 1967 et même à moins de 20 t en 1981. La hausse du cours de l’or depuis 1981 a stimulé l’industrie et a conduit à l’ouverture de nombreuses mines et à la réhabilitation de plusieurs autres. La production s’accrut rapidement et, dépassant en 1988 le chiffre record de 1903, atteignit 240 t en 1991. La production, concentrée à la fin des années 1970 à Kalgoorlie-Boulder, est, dix ans plus tard, répartie dans l’Australie-Occidentale, le Territoire du Nord et le Queensland; des intérêts australiens sont aussi présents dans de grands projets en Indonésie et en Papouasie - Nouvelle-Guinée.

L’argent (1 088 t en 1989) est généralement associé au plomb et au zinc. Ces métaux sont extraits dans les deux centres très importants, et très isolés, de Broken Hill en Nouvelle-Galles du Sud et de Mount Isa au Queensland. Des chemins de fer relient sur une longue distance ces lieux d’exploitation aux ports de Port Pirie et de Townsville. Le cuivre se trouve surtout dans des gisements monométalliques, comme Mount Morgan (Queensland) et Cobar (Nouvelle-Galles du Sud), mais aussi à Olympic Dam (Australie-Méridionale).

L’Australie occupe la première place pour la production de bauxite et d’alumine. La bauxite (37 300 000 t en 1989) est située dans les Darling Ranges de l’Australie-Occidentale et dans le nord du pays, sur la côte occidentale du Cap York, où se trouve l’énorme gisement de Weipa, et dans le Territoire du Nord. La plupart des minerais sont concentrés et fondus près des mines. Par contre, le raffinage s’effectue souvent loin des gisements, là où les sources d’énergie sont abondantes ou bon marché. La production d’aluminium est réalisée en Tasmanie (Bell Bay) et à Geelong (Victoria). L’ouverture d’un grand nombre de fonderies avait été projetée, mais la récession globale a rendu incertaine la création de la plupart d’entre elles.

On trouve également en Australie des gisements de nickel, d’étain, de manganèse, de cadmium, de zircon et des sables minéraux dont on extrait le titanium (Australie-Occidentale), ainsi que des terres rares (lanthanides). L’uranium a été découvert en 1949 et, jusqu’en 1971, la production est restée modeste. Depuis 1976, l’exploitation commerciale a recommencé. Des gisements d’uranium existent dans le Queensland, près de Mount Isa (à Mary Kathleen), dans le Territoire du Nord (Ranger, Nabarlek et Jabaluka), en Australie-Occidentale (Yeelirrie), et aussi à Olympic Dam. Leur exploitation fut retardée par de sérieuses controverses concernant l’utilisation et la libre disposition du matériau, et les droits des aborigènes qui habitent les régions où se trouvent les gisements.

L’Australie possède aussi de vastes quantités de minerai de fer à haute teneur (surtout l’hématite). La production totale de ce minerai, qui, en 1966, n’atteignait que 7,55 Mt, a dépassé 100 Mt en 1991. L’extraction se fait à ciel ouvert. En Australie-Méridionale, le minerai d’Iron Knob est exporté, mais aussi utilisé dans les hauts-fourneaux du port de Whyalla, ville créée par la Broken Hill Proprietary Company (B.H.P.). Beaucoup plus vastes et importants que les gisements traditionnels sont ceux du Pilbara, de Tom Price, Mount Newman, Mount Channar, Marandoo, Robe River et quelques autres. Leur fer est surtout exporté, particulièrement vers le Japon, où l’Australie occupe toujours le premier rang des fournisseurs. Mais la concurrence des autres producteurs, surtout le Brésil et l’Inde, est forte et, jusqu’à présent, aucun accord n’a été réalisé entre les pays concurrents.

Une fraction seulement du minerai de fer est utilisée par l’industrie sidérurgique australienne. Celle-ci est totalement contrôlée par la B.H.P., un bon exemple de société intégrée à la manière des trusts américains, et qui est la plus grande entreprise de l’Australie. Les origines de la B.H.P. se situent dans les mines de plomb et de zinc de Broken Hill (d’où son nom), mais en 1939 elle y abandonna ses intérêts. Déjà, en juin 1915, quand la Première Guerre mondiale avait interrompu le flux normal des importations, elle avait allumé le premier haut-fourneau australien à Newcastle (Nouvelle-Galles du Sud), proche du charbon de la vallée de Hunter. Aujourd’hui, les trois centres de Newcastle, Port Kembla et Whyalla ont une capacité de production supérieure à 9 Mt d’acier.

Depuis le début des années 1980, la B.H.P. s’est mise à diversifier ses activités en s’intéressant surtout au domaine de l’énergie. À cause de sa taille, son influence économique et politique est considérable. C’est une grande société multinationale, avec des intérêts en Amérique et en Asie. À Argyle, au nord de l’Australie-Occidentale, se trouve une grande mine de diamant à ciel ouvert. En poids (35 millions de carats), elle est la plus importante du monde, en valeur elle occupe le sixième rang.

Les sources d’énergie

La période récente a vu une expansion extrêmement rapide de la consommation d’énergie, et il est possible qu’un certain seuil ait été atteint. L’Australie a suivi les tendances mondiales, avec un niveau de consommation élevé, comparable à celui des États-Unis. La composition des sources d’énergie australiennes offre quelques singularités. Elle a de vastes richesses en houille et en lignite, et des réserves de pétrole et de gaz. Les possibilités d’équipement hydroélectrique sont limitées. Malgré ses gisements d’uranium, l’Australie ne possède, et ne projette de posséder, aucun réacteur atomique. Le développement de l’énergie solaire en est toujours à ses débuts.

La houille est extraite depuis longtemps dans la zone côtière de la Nouvelle-Galles du Sud, en particulier dans les environs de Newcastle et de Wollongong-Port Kembla. Dans les années 1970, des mines à ciel ouvert ont été mises en exploitation dans le Bowen Basin, à l’intérieur du Queensland, où les réserves sont énormes. Avec les mines de fer de l’Australie-Occidentale, ces gisements ont surtout été développés pour le marché japonais. Le gisement de Collie (Australie-Occidentale) n’a qu’une importance locale. Le lignite est exploité à Yallourn et Morwell, dans le Victoria.

Les réserves sont abondantes: au moins 50 000 Mt pour la houille et 42 000 Mt pour le lignite. L’exploitation est souvent facile, et, grâce à la mécanisation, le rendement est excellent. Seules les mines traditionnelles de Nouvelle-Galles du Sud ont des difficultés croissantes à garder leur place sur le marché. Les coûts de production étant peu élevés, l’Australie a pu développer sa production rapidement: 11,8 Mt en 1938, 43,3 Mt en 1969 et 184 Mt en 1989. Pour le lignite, les chiffres sont comparables: 3,6 Mt en 1938, 41,5 Mt en 1989. La consommation est surtout en hausse dans les centrales thermiques, et des quantités considérables sont exportées vers le Japon, la Corée et, dans de moindres proportions, vers l’Europe.

Depuis 1960, les recherches de pétrole et de gaz naturel ont indiqué que l’Australie recèle des réserves considérables, bien que minimes comparées à celles du golfe Persique ou aux autres sources d’énergie australiennes. L’exploitation la plus importante est celle du détroit de Bass (plus de 75 p. 100 de la production totale), suivie par celle du Cooper Basin au centre du pays. Un nouveau champ pétrolifère a été découvert dans le détroit de Bass près de Warrnambool, ce qui assure que ces ressources ne s’épuiseront qu’après l’an 2000. Il faut ajouter le champ pétrolifère de l’île de Barrow et celui de Moonie (Queensland), ainsi que les gisements de gaz de Roma et de Dongara. La production de pétrole et de gaz couvre environ 90 p. 100 de la demande intérieure.

Depuis 1986-1987, on a commencé à produire du pétrole et du gaz à partir des énormes réserves du plateau continental au large de la côte nord-ouest dans la mer de Timor. Le projet le plus ambitieux, utilisant le champ de North Rankin, nécessitera un investissement total de plus de 15 milliards de dollars australiens. Les premiers navires spécialisés dans l’exportations du gaz sont partis vers le Japon en 1989. En général, les coûts de l’exploration pétrolière et de l’ouverture de nouveaux puits sont élevés et leur progression fait l’objet de controverses.

La production totale d’électricité est passée de 21,4 milliards de kilowattheures en 1957 à 153 en 1989-1990. Environ 88 p. 100 de l’énergie électrique sont fournis par les centrales thermiques. Celles-ci sont situées soit sur les gisements de lignite (Victoria) et de houille, soit à proximité des grandes villes, où elles peuvent aussi utiliser les produits pétroliers. Dans le sud-est du pays, le réseau électrique est étendu et dense, mais, dans les régions isolées, presque toutes les exploitations et les petites villes produisent elles-mêmes leur courant. Des projets régionaux (par exemple dans le Pilbara) sont en cours de réalisation.

Environ 12 p. 100 de la production totale d’électricité sont fournis par des centrales hydroélectriques. Ces centrales sont localisées à l’extrémité sud-est du pays, surtout dans les Alpes australiennes (le Snowy Mountain Scheme). La Tasmanie possède plusieurs centrales plus petites; le projet d’un nouveau barrage, sur la rivière Franklin, a provoqué des controverses sérieuses et, après une décision de la cour suprême fédérale, a été abandonné (1983).

Le développement industriel

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’essor du secteur industriel de l’économie australienne fut remarquable. Le nombre des entreprises augmenta (26 900 en 1938; 59 000 en 1966); ces dernières employèrent 1 300 000 ouvriers. Ce progrès fut fortement stimulé par la politique continue d’aide à l’immigration qui permit de répondre à un important besoin de main-d’œuvre et qui, en même temps, augmenta le nombre des consommateurs. Pourtant, le marché intérieur (malgré l’établissement d’un marché commun avec la Nouvelle-Zélande) est demeuré trop limité, particulièrement en comparaison avec celui des États-Unis, de la Communauté économique européenne ou même du Japon. La majorité des Australiens jouit d’un haut niveau de vie, mais la population trop peu nombreuse n’offre qu’un débouché médiocre. De plus, les hauts salaires, qui nécessitèrent très tôt l’adoption d’une politique protectionniste, rendent difficile l’exportation de produits industriels.

Alors qu’avant 1970 on pensait que ces handicaps pourraient être surmontés, l’évolution ultérieure a montré que l’industrie australienne n’était guère capable de résister à la concurrence étrangère, surtout asiatique, ou de créer de nouveaux secteurs d’activité. La part des entreprises industrielles dans le P.N.B. est passée de 27,5 p. 100 (1966-1967) à 20,8 p. 100 une douzaine d’années plus tard et pas plus de 16,5 p. 100 en 1988-1989. Dès lors, le nombre des ouvriers employés dans l’industrie a dépassé 1 200 000. Depuis 1973, l’Industries Assistance Commission examine la position de secteurs particuliers, et le rapport Crawford (1979) conclut que seule une restructuration à grande échelle pourrait prévenir d’autres déclins.

Dès 1983, les gouvernements Hawke et Keating ont réalisé des enquêtes et pris des mesures pour revitaliser le secteur industriel: développer des usines de haute technologie utilisant des produits miniers qui ne seront plus exportés sous une forme brute, rationaliser l’industrie automobile dont le déclin était préoccupant (malgré l’ampleur du protectionnisme). L’immigration est perçue comme un moyen d’élargir la demande intérieure, mais les stratégies du gouvernement et des industriels visent surtout la conquête de marchés extérieurs pour stimuler la production industrielle. Dans le cadre de cette stratégie économique, la valeur du dollar australien a un rôle capital. Immédiatement après son accession au pouvoir en 1983, Hawke dévalua le dollar de 10 p. 100, mais l’accroissement du déficit budgétaire et de celui de la balance des paiements a déprécié la monnaie. En 1987, le dollar avait perdu environ 50 p. 100 de sa valeur. Après une période d’hésitation, l’industrie a bénéficié de cette dévaluation. Dès 1987, ses exportations se sont accrues de 17 p. 100 par an. En 1989-1990, les exportations totales de produits de base et de services s’élevaient à 58,6 milliards de dollars, environ 16 p. 100 du P.N.B.

Les industries de transformation sont nombreuses et variées. L’industrie automobile, qui n’existait pas avant 1940, se développa rapidement jusqu’en 1970, mais a stagné depuis. En 1991, la production annuelle de 411 000 véhicules de tous types dépassait à peine celle de 1966. La main-d’œuvre employée dans ce secteur a été réduite, de 153 000 personnes en 1966, à 20 000. Les grandes entreprises automobiles sont contrôlées par des sociétés étrangères, américaines ou japonaises. General Motors Holden a concentré sa production à Adélaïde; Ford à Melbourne, Sydney et Brisbane. Mitsubishi (ex-Chrysler) est à Adélaïde, Toyota à Melbourne; Nissan arrête sa production à la fin de 1992. Des camions sont assemblés à Melbourne et Sydney ainsi qu’à Brisbane. Toutes les industries de pièces détachées sont aussi localisées dans les grandes villes de l’Est.

Les industries produisant du matériel ferroviaire et aéronautique n’ont qu’une importance médiocre et plutôt locale. Les chantiers de construction navale sont en décadence; seuls de modestes bâtiments de guerre, des bateaux de pêche et de petits ferry-boats rapides sont construits à Fremantle, à Cairns (Queensland) et Hobart.

Les industries de matériel électrique sont variées: réfrigérateurs, radio, télévision, etc. Néanmoins, c’est précisément dans ce secteur que la concurrence internationale est forte et, malgré la récente expansion de l’industrie électronique dans le monde, le nombre des ouvriers en Australie dans cette branche est tombé de 36 000 en 1970 à moins de 20 000 en 1986. Par contre, le secteur de l’informatique et des télécommunications s’accroît rapidement.

La pétrochimie se localise surtout près des deux grandes capitales, Sydney et Melbourne; on trouve des industries chimiques dans toutes les grandes villes. Les industries du textile et du cuir ont subi une récession rapide depuis la fin des années 1970. Pour le coton, les importations restent essentielles, quoique l’importance des fibres synthétiques ait augmenté. Chose étonnante, malgré une participation croissante au monde de la haute couture, l’industrie lainière australienne est toujours très médiocre.

Les moyens de communication

Pour relier toutes les régions du pays, il a fallu créer un réseau de moyens de transport adapté à une population faible, mais répartie sur un vaste espace. Dans l’histoire du développement des moyens de communication, il faut distinguer: les relations avec l’outre-mer, entre les diverses colonies, la pénétration vers l’intérieur. Ce fut d’abord la mer qui joua le rôle dominant, et les bateaux transportant des passagers n’ont disparu de la côte que dans les années 1950. Les premiers colons ont également utilisé les cours d’eau, mais bientôt seul le Murray, le fleuve le plus long du pays, servit à un trafic considérable. L’apparition des chemins de fer mit brusquement un terme à ce rôle.

Pour l’établissement de communications plus rapides et régulières – pour la vraie conquête de l’intérieur –, la voie ferrée était indispensable. Commencée dans les années 1850, sa construction a été entravée par les rivalités entre les colonies, surtout le Victoria et la Nouvelle-Galles du Sud. Chacune construisit d’abord ses lignes pour développer l’infrastructure de sa propre économie sans se soucier des autres en ce qui concerne l’écartement des voies ou la géographie générale du réseau. C’est seulement dans les dernières décennies que, très lentement, les grandes lignes d’importance nationale furent dotées d’un écartement standard des rails de 1,44 m.

Le réseau mesure au total 40 800 km, ce qui semble être médiocre pour un pays aussi vaste que l’Australie; en réalité, avec 240 km pour 100 000 habitants, la densité par rapport à la population est élevée. En dehors des réseaux suburbains, le chemin de fer relie surtout les centres agricoles et miniers aux ports. Seule la longue voie entre Perth et Port Pirie (Australie-Méridionale) peut être considérée comme une ligne transcontinentale, sa construction fut le prix exigé par l’Australie-Occidentale pour son entrée dans la Fédération. Elle connaît une légère augmentation du trafic des marchandises, mais une diminution de celui des voyageurs, comme toutes les lignes reliant les capitales de l’Est. Il a été souvent question d’un prolongement de la voie Adelaïde-Alice Springs vers Darwin; celui-ci pourrait être réalisé dans les années 1990.

L’avion ayant accaparé la plupart des voyageurs, les transports routiers font une concurrence toujours croissante aux chemins de fer, quoique l’immensité du pays pose de grands problèmes pour la création et l’entretien du réseau routier, long de 810 000 km, mais dont un tiers seulement a une qualité supérieure à des pistes. On connaît très peu de vraies autoroutes. C’est seulement dans le sud-est et à la périphérie des grandes villes que le réseau a une certaine densité.

L’Australie est un des pays les plus motorisés du monde. En 1989, on recensa 7,4 millions de voitures particulières ainsi que 2 millions de camions. Plus des trois quarts du trafic des marchandises, même de côte à côte, se font par la route. Dans les grandes villes, plus étendues que les villes européennes mais possédant une population comparable, les Australiens hésitent à abandonner leur automobile pour prendre les transports en commun. Ces services métropolitains connaissent une situation financière aussi grave que celle des chemins de fer.

Quant aux transports maritimes, le rôle du cabotage est beaucoup plus limité qu’autrefois. Tous les bateaux de passagers ont disparu, et seul un ferry-boat relie la Tasmanie au continent. La mer n’est la voie préférée que pour le transport des cargaisons en vrac – pour lesquelles, sur la plupart des routes, aucune concurrence n’existe.

La majeure partie de la modeste flotte commerciale de l’Australie (1989: 94 navires, 2 433 000 tonneaux) est employée sur les routes maritimes internationales. L’Australian National Line (14 bateaux dont 5 porte-conteneurs, propriété du Commonwealth) a dû subir une réorganisation considérable en 1984. La flotte australienne n’assure que 2 p. 100 du trafic extérieur du pays, chiffre si bas qu’il est souvent une cause d’inquiétude pour les industriels et le gouvernement. Dès 1988, un programme important de réforme et d’expansion a commencé avec des investissements dépassant 1 milliard de dollars.

Pour le transport des passagers, l’avion est devenu indispensable. Il a limité le voyage de côte à côte à une durée de cinq heures, et un réseau dense relie les capitales et les autres centres. En 1990-1991, 15 400 000 personnes ont voyagé par avion sur les lignes intérieures. Dans le trafic international de passagers, la prédominance de l’avion, avec 7,9 millions de voyageurs, était encore plus affirmée.

Le fret aérien a également rapidement augmenté: plus de 130 600 t pour le trafic international et 169 000 t sur les vols intérieurs. Les transports aériens intérieurs sont largement contrôlés par deux sociétés. Pour la majeure partie du trafic national, Australian Airlines (A.A.), compagnie d’État, se partage le marché avec Ansett Airlines of Australia, qui appartient au secteur privé. Les autres compagnies n’ont qu’une importance locale. En 1990, le marché domestique fut dérégulé, et une troisième société commença à relier les grandes villes d’Australie. Son échec a dressé l’opinion publique contre les duopolistes. Le gouvernement vise maintenant à associer l’Australie et la Nouvelle-Zélande dans un marché commun de l’aviation civile. Pour les communications avec l’outre-mer, la société australienne Q.A.N.T.A.S., entreprise d’État comme la compagnie A.A., fondée en 1919, entretient un réseau étendu et toujours croissant. À l’inverse de ce qui se passe pour les vols intérieurs, la Q.A.N.T.A.S. se heurte partout à une concurrence sévère. Il est probable que la société aura également l’autorisation de voler sur les lignes intérieures.

En 1992, contrairement aux orientations de sa politique antérieure, le gouvernement Keating a fusionné la compagnie A.A. avec la Q.A.N.T.A.S. et cherche à en vendre une partie des actions, en conservant toutefois la majorité.

Le commerce extérieur

Le commerce extérieur a toujours été d’une importance vitale pour le développement de l’économie australienne. Au début du XXe siècle, les exportations, d’une valeur de 100 millions de dollars, constituaient presque le quart du P.N.B. Cette proportion a diminué graduellement. Quand, en 1956, le P.N.B. dépassait 10 000 millions de dollars, les exportations n’en formaient que 15 p. 100. En 1988-1989, ce chiffre était toujours le même.

La part australienne dans le commerce mondial est tombée de 2,6 p. 100 (1954) à 1,2 p. 100 en 1984; avec cette contre-performance, l’Australie est passée du huitième au vingt-troisième rang mondial. Ce déclin résulte, avant tout, de la composition des exportations, dont seulement une minorité est constituée de produits manufacturés à haute valeur ajoutée. En conséquence, les termes de l’échange, c’est-à-dire le rapport entre le prix des importations et celui des exportations, se sont dégradés fortement (env. 43 p. 100) de 1955 à 1985; cela signifie que l’Australie devrait exporter 75 p. 100 de plus pour acheter la même quantité d’importations.

Les importations traditionnelles ont tout d’abord un peu moins progressé que les exportations, laissant une balance commercial légèrement excédentaire. Mais, dans les années 1980, la situation a changé dramatiquement et la balance commerciale a été généralement déficitaire (plus de 3 600 millions de dollars en 1988-1989).

Depuis 1967, le commerce extérieur a rapidement augmenté en valeur, à un degré moindre cependant que l’économie elle-même. Les importations se sont élevées de 3 milliards 45 millions de dollars en 1967 à 47 milliards 64 millions en 1988-1989; les exportations de 3 milliards 24 millions de dollars à 43 milliards 462 millions aux mêmes dates, ce qui constitue 14 p. 100 du P.N.B. (France: 22,2 p. 100, États-Unis: 5,8 p. 100, en 1985).

Alors qu’il y a eu peu de changements dans la nature des importations (qui sont principalement des produits industriels), les exportations sont caractérisées par le développement spectaculaire de la vente de charbon, de minerai de fer et de blé. La part du blé et de la laine a diminué à cause de la baisse considérable des prix. Les faits remarquables depuis 1986 sont le rétablissement de l’or et, après la chute du dollar, les premiers succès de l’exportation de produits industriels.

L’essor des produits comme le charbon, les minerais et l’or a très fortement accru l’importance du Queensland et de l’Australie-Occidentale; en 1988-1989, ces États étaient responsables respectivement de 20,7 p. 100 et 20,4 p. 100 des exportations totales, contre 25,1 pour la Nouvelle-Galles du Sud et 19,6 pour le Victoria.

En ce qui concerne les partenaires commerciaux de l’Australie (tabl. 6), il faut noter l’importance prise par le Japon et les autres marchés et producteurs asiatiques, qui compensent la diminution du commerce avec la Grande-Bretagne et, dans une moindre mesure, avec les États-Unis. Dès la fin des années 1980, le secteur le plus dynamique a été le commerce avec l’Asie, qui connut une croissance de 22 p. 100 par an et a représenté plus de 50 p. 100 du commerce total de l’Australie. Sept des dix partenaires commerciaux les plus importants de l’Australie sont des pays asiatiques, et l’A.S.E.A.N. est devenue un marché plus grand que les États-Unis.

La balance des paiements

Tandis que la balance commerciale habituellement positive est devenue négative depuis le début des années 1980, la balance des paiements courants a toujours été déficitaire. Le solde des comptes courants, déficitaire de plus de 3 milliards de dollars en 1979-1980, a atteint son niveau le plus élevé en 1988-1989 (21,2 milliards de dollars). Les éléments les plus importants sont le rapatriement des bénéfices par les sociétés étrangères (17 milliards de dollars), les intérêts sur emprunt des secteurs public et privé, et les déficits importants au titre des autres services, comme les assurances, les transports internationaux et le tourisme. La dette extérieure de l’Australie pendant ce temps s’est accrue considérablement et a dépassé 135 milliards de dollars en 1991. Le pays est devenu le neuvième plus grand débiteur du monde. La hausse des prix sur le marché mondial depuis 1987 et le niveau plus élevé des exportations industrielles, ainsi que l’accroissement du nombre de touristes qui visitent l’Australie (en 1990, ils contribuaient pour 6,7 milliards de dollars) ont stoppé le creusement du déficit, mais l’équilibre est toujours hors d’atteinte.

Depuis 1972, le dollar australien (introduit en 1966 comme monnaie nationale) a subi de graves fluctuations mais, en général, la tendance a été à la baisse. Une réévaluation considérable a eu lieu en 1980-1981, mais elle ne dura pas à cause des incertitudes qui planaient sur les performances de l’économie nationale dans des conditions de récession générale et des déficits significatifs du budget fédéral et des budgets locaux. Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, Hawke a dévalué la monnaie de 10 p. 100, mais ce fut insuffisant. En février 1985, le dollar australien fléchit brutalement de 20 p. 100, et ce n’est qu’en juillet-août 1987 qu’il regagna entre 10 et 15 p. 100; en août 1992, il valait 3,60 francs (contre 4,75 en 1979; 6,85 en 1983 et 3,85 en 1987).

Structure financière et structure des entreprises

La structure de l’économie australienne et son développement au cours de l’histoire ont toujours posé la question des investissements et des paiements internationaux; aujourd’hui plus que jamais, le marché financier est le secteur vital du système. Déjà en 1817, on assistait à la fondation de la Bank of New South Wales, la banque privée la plus ancienne du pays. Dès les années 1830, lors du décollage de l’économie australienne, un grand nombre de banques nouvelles furent créées, tant en Australie qu’à Londres. Puis, à la suite de processus d’élimination et de concentration (les dernières fusions ont eu lieu en 1981), un très petit nombre de banques ont survécu; les plus grandes d’entre elles comptent parmi les entreprises australiennes les plus importantes (tabl. 7). La banque d’État, Commonwealth Bank, a été privatisée partiellement, le gouvernement conservant la majorité des actions (70 p. 100).

La Reserve Bank of Australia (fondée en 1951) sert de banque centrale et est responsable de l’émission des billets. Le rapport Campbell de 1981, longtemps attendu, recommanda une libéralisation presque totale du marché financier réglementé. En conséquence, de nombreuses banques étrangères et mixtes ont été fondées, mais leur rôle est resté limité. En revanche, d’autres institutions financières comme les caisses d’épargne se sont considérablement répandues. L’essor, pendant les années 1984-1987, des entreprises à investissements diversifiés se termina brusquement par l’écroulement des valeurs des actions en octobre 1987. Beaucoup d’entre elles ont été liquidées.

Une forte pression est exercée par les intérêts financiers étrangers. Du fait de son développement récent, l’Australie a toujours eu besoin d’importer des capitaux, et sa croissance rapide après la Seconde Guerre mondiale a accentué cette tendance. De plus, pour les firmes multinationales, l’Australie est intéressante en raison de sa stabilité politique: en conséquence, de nombreux secteurs de l’économie sont dominés par des sociétés ou des intérêts non australiens.

Le total des investissements étrangers en Australie a, lui aussi, augmenté pendant les années 1980. En 1988-1989, ils s’étaient élevés à 229 milliards de dollars, en provenance essentiellement des États-Unis (20,4 p. 100), de la Grande-Bretagne (c’est dans ce domaine que l’hégémonie historique de ce pays s’est prolongée le plus fortement: 20,6 p. 100) et, inévitablement, du Japon (avec 14,5 p. 100). En revanche, les investissements australiens à l’étranger, bien qu’en augmentation plus rapide, se montent seulement à 84 milliards de dollars. Les partenaires sont les mêmes trois pays mais avec des pourcentages assez différents: États-Unis 38,6 p. 100, Grande-Bretagne 16,5 p. 100 et Japon 5 p. 100.

Quant à la structure organique de l’économie australienne, elle ne se distingue pas particulièrement de celles des autres pays développés. Dans les entreprises industrielles, mais surtout dans les secteurs du transport, de l’énergie, des mines et de la finance, on trouve de grandes sociétés, même si elles n’ont pas la dimension des géants américains ou européens (tabl. 7). Il faut ajouter que quelques grandes entreprises ne peuvent pas figurer sur une telle liste, parce que ce sont des sociétés d’assurances mutuelles, propriété de l’État (Q.A.N.T.A.S.); d’autres sont des succursales de multinationales établies à l’étranger et, de ce fait, sont aussi exclues. Remarquable est la position écrasante de la B.H.P. monopoliste, des géants de l’industrie minière et énergétique (dont moins de 50 p. 100 sont propriété australienne) et de la finance. Il faut néanmoins souligner l’essor de quelques entreprises industrielles.

6. La société australienne

La société australienne est maintenant considérée comme multiraciale plutôt qu’anglo-saxonne. Cette nouvelle conception, qui n’a pas encore totalement effacé les préjugés ethniques, ne s’applique pas seulement aux nombreux immigrants venus de l’Europe continentale et des deux Amériques, mais aussi aux aborigènes et aux immigrants d’origine non européenne. Alors qu’il y a vingt ans l’assimilation de tous sur le modèle anglo-saxon dominait toute l’idéologie sociale, aujourd’hui les Australiens ont changé beaucoup de leurs attitudes et mènent une vie plus cosmopolite. Ce phénomène s’observe surtout dans les habitudes alimentaires (par exemple, la consommation de vin a quadruplé et sa qualité s’est beaucoup améliorée) et dans le mélange de l’héritage culturel des divers groupes ethniques.

Le bicentenaire de la colonisation blanche (1988) a créé une occasion unique pour tous les groupes ethniques de se manifester et d’accentuer leur contribution au développement de la nation. Néanmoins, beaucoup de personnes ont choisi de ne pas célébrer cette commémoration en raison des injustices dont ont été victimes les aborigènes. Ce sujet nourrit de nombreuses polémiques, et les réticences qui se manifestestent à l’égard de l’immigration asiatique montrent que l’harmonie raciale ne règne pas encore en Australie.

L’évolution démographique et sociale de l’Australie a eu des conséquences importantes pour sa vie spirituelle et culturelle. 75 p. 100 de la population a une appartenance religieuse: au premier rang on trouve les anglicans (23,9 p. 100) et les catholiques (26,1 p. 100), suivis des unitariens et d’autres groupes chrétiens; il faut y ajouter les musulmans (76 000), les juifs (62 000) et les bouddhistes (36 000).

Les rapports interethniques ont enrichi les arts plastiques, le théâtre et la musique. L’Australie est devenue un membre dynamique du monde de la création artistique. En particulier, l’industrie cinématographique a produit des films qui ont eu du succès à l’étranger, comme Breaker Morant , The Chant of Jimmy Blacksmith , Mad Max et Gallipoli . Depuis quelques années, la même chose peut être dite de productions et séries de télévision, moyen de communication d’ailleurs dominé par des importations de Grande-Bretagne et des États-Unis. À côté des réseaux commerciaux de télévision et de la Australian Broadcasting Corporation publique, il faut noter l’existence du réseau national ethnique S.B.S. La domination de la télévision et de la presse par un très petit nombre de sociétés fait l’objet de graves controverses. Grâce au lancement du satellite Aussat (1985), les endroits les plus reculés du pays peuvent être atteints par la radio et la télévision. Tandis que l’A.B.C. vise à produire des programmes de haute qualité, le niveau des stations commerciales est plus discutable. Cependant, toutes se rejoignent quand il s’agit de la diffusion du sport, religion séculière de l’Australie.

Les médailles olympiques et les records du monde sont devenus plus rares qu’autrefois (malgré l’inauguration, en 1981, de l’Australian Institute of Sports à Canberra), mais le football australien, le cricket, le tennis, le golf et une myriade d’autres sports occupent toujours une place centrale dans les loisirs de la population. Cette prédominance des sports, même si des femmes y participent, reflète aussi l’hégémonie masculine dans la société australienne.

Les gouvernements A.L.P. ont promulgué des lois prohibant la discrimination sexiste, et les progrès accomplis dans la situation des femmes sont visibles, mais beaucoup reste à faire. La participation des femmes au monde du travail est élevée, mais l’essor du néo-conservatisme, comme dans beaucoup de pays, a fortement remis en cause la notion d’égalité des sexes. Les trois principaux partis politiques ont trouvé opportun de mettre en avant les valeurs traditionnelles de la famille, ce qui en réalité ne sert souvent qu’à renforcer la domination masculine. Ironie de la chose: la famille «idéale» (deux parents, deux enfants) ne représente plus que 25,8 p. 100 des ménages (1986).

Malgré l’inflation des dernières années, le niveau de vie en Australie est toujours élevé. Le salaire moyen a dépassé 465 dollars par semaine (env. 90 000 francs par an) contre 350 dollars (alors 120 000 francs) en 1983, tandis que le coût de la vie a augmenté dans la même période de 25 p. 100 environ. Entre 1980 et 1985, les prix ont augmenté de 48,8 p. 100, contre 58 p. 100 en France, 30,5 p. 100 aux États-Unis et seulement 14,4 p. 100 au Japon. L’activité des syndicats ouvriers en Australie, souvent virulente, a pour but l’amélioration des conditions matérielles plutôt qu’une révolution sociale. À la suite des problèmes économiques récents, quelques confrontations graves ont eu lieu entre les patrons et les employés, mais en général la politique du gouvernement Hawke, fondée sur l’«accord» tripartite avec les organisations patronales et syndicales, fut couronnée de succès.

Le chômage est un problème grave, avant tout pour les jeunes. Le pourcentage des chômeurs s’est accru de 7,5 p. 100 (1988) à 10,3 p. 100 en 1992; de vastes catégories sont touchées en permanence. En raison des carences graves dans les services sociaux (avant tout le niveau insuffisant des retraites), un grand nombre d’Australiens se trouve au-dessous du «seuil de pauvreté» tolérable; on estime ceux-ci à un million et demi au moins. En général, la croissance économique des dernières années a accentué les inégalités matérielles dans la population. Tandis qu’en 1973 le 1 p. 100 le plus riche ne contrôlait que 9 p. 100 de la richesse nationale (contre 26 p. 100 aux États-Unis et 33 p. 100 en Grande-Bretagne), ce pourcentage a atteint plus de 20 p. 100 en 1987. L’inégalité des revenus est devenue plus prononcée (tabl. 8). Toutefois, l’absence de fortes disparités régionales persiste. En outre, malgré les problèmes qui se posent aux nombreux habitants appartenant aux groupes sociaux défavorisés ou qui ne parlent pas l’anglais, la société australienne dans son ensemble est restée très ouverte.

Les deux filières les plus efficaces pour la promotion sociale sont la réussite financière et l’éducation. Pendant les années 1970, l’enseignement supérieur (rendu gratuit par le gouvernement Whitlam en 1972) se développa rapidement et facilita l’accès aux échelons professionnels les plus élevés. Cependant, le nombre des étudiants n’augmenta pas: alors que 2,3 p. 100 de la population (316 500 étudiants) étaient inscrits en 1979 dans dix-neuf universités et dans soixante et onze autres établissements d’enseignement supérieur, on n’en comptait que 2,4 p. 100 (390 700) en 1986. Après 1988, une véritable révolution a bouleversé le monde de l’enseignement supérieur. Plusieurs instituts sont devenus des universités, et un grand nombre de fusions ont été opérées. Pour la première fois, à partir de 1989, des universités privées vont être ouvertes et un impôt universitaire a été introduit. Le nombre des étudiants a crû rapidement et atteignait 580 000 en 1992. Cependant, la proportion du P.N.B. consacrée à l’enseignement supérieur n’est plus que de 7 p. 100, et de graves problèmes existent. La crise de l’enseignement supérieur (ainsi que des recherches financées par l’État) est d’autant plus inquiétante que l’industrie australienne est de tous les pays de l’O.C.D.E. celle qui dépense les sommes les moins élevées pour la recherche et le développement.

Véritablement, l’Australie est un pays au carrefour de l’histoire.

7. Littérature

Deux siècles après l’arrivée des premiers colons européens, l’Australie possède une littérature originale, qui ne saurait passer pour un sous-produit de la littérature britannique dont elle est cependant issue.

Ses débuts furent laborieux. Jusqu’à la fin du siècle dernier, les colons se préoccupèrent plus des problèmes matériels que posaient la conquête et la mise en valeur du continent que d’activités culturelles. Un obstacle plus sérieux encore à l’essor artistique était le sentiment d’étrangeté qu’éprouvaient ces Européens en exil au bout du monde. Aujourd’hui encore, le problème n’est pas entièrement résolu. Les littérateurs du siècle dernier restèrent souvent prisonniers d’une rhétorique poétique forgée dans l’hémisphère Nord, impropre à restituer l’expérience inédite de l’Australie. Ainsi, Charles Harpur (1813-1868) ou Henry Kendall (1839-1882) célébraient les paysages de Nouvelle-Galles du Sud dans un langage emprunté au romantisme anglais, qui bridait leur talent.

Naissance d’une littérature

Peu à peu, l’environnement se fit plus propice à la création artistique. L’élévation du niveau de vie et l’existence d’assez nombreux lecteurs potentiels favorisèrent les vocations littéraires. Par ailleurs, l’avènement d’un sentiment national australien semblait appeler poètes et prosateurs pour le célébrer. Mais les romanciers de cette période restent pour la plupart des auteurs mineurs. Henry Kingsley (Geoffrey Hamlyn , 1859) et Rolf Boldrewood (Robbery under Arms , «Vol à main armée», 1882-1883) pratiquaient un roman populaire, sans atteindre à la puissance romantique et ténébreuse d’un Marcus Clarke (1846-1881) qui, dans La Justice des hommes (1870-1871), laissa un tableau mémorable de l’univers pénitentiaire des débuts de la colonisation. La poésie et la nouvelle furent stimulées par un hebdomadaire nationaliste et radical de Sydney, le Bulletin , fondé en 1880. Il publia, entre autres, les œuvres de Henry Lawson (1867-1922), qui fit très tôt figure d’écrivain national. Cet écorché vif, qui souffrait du triple handicap de la pauvreté, de la surdité et de l’alcoolisme, célébrait avec humour les gens simples du bush et leur courage tranquille, en même temps qu’il dénonçait les injustices qui révoltaient sa sensibilité socialiste. Le balladiste A. B. Paterson, dit Banjo (1864-1941), connut lui aussi une grande popularité en évoquant les gens du bush, et passa à la postérité pour avoir écrit Waltzing Matilda , hymne national officieux de l’Australie. En cette fin de XIXe siècle, un seul romancier s’impose: Joseph Furphy (1843-1912), l’auteur de Such is Life («C’est la vie», 1903). Ce roman touffu, étonnamment moderne par sa structure narrative, témoigne fidèlement de ce qu’était l’existence dans l’arrière-pays australien.

L’avènement, en 1901, d’une nation australienne au sens politique du terme, n’eut guère de répercussions littéraires. À l’aube du XXe siècle, un poète se distinguait cependant de ses prédécesseurs comme de ses contemporains: Christopher Brennan (1870-1932), universitaire, ne cherchait son inspiration ni dans le bush ni dans les mouvements sociaux de l’époque. Cet intellectuel se tourna vers les symbolistes allemands et français – notamment Mallarmé. Mais son œuvre reste mince, et il n’eut pas de postérité immédiate. Shaw Neilson (1872-1942) était sans doute plus représentatif de la pratique poétique australienne d’alors. Ce travailleur manuel autodidacte, bientôt frappé de cécité, fut un excellent poète lyrique, mais sa sensibilité frémissante n’évitait pas toujours la mièvrerie.

Le roman connut de belles réussites dans les années 1930 et 1940. Souvent, les auteurs mettaient en scène les pionniers qui ont forgé l’Australie moderne, leur enracinement laborieux dans une terre encore mal connue, leurs succès et leurs échecs. Tel est le thème de Landtakers («Conquérants») de Brian Penton ou de The Fortunes of Richard Mahony («Le Destin de Richard Mahony»), de Henry Hendel Richardson (1870-1946). Le pseudonyme masculin utilisé par cette romancière témoigne du mal qu’avaient alors les femmes à faire valoir leur droit à la création littéraire, et qui les poussait parfois à l’exil. C’est ainsi que Christina Stead (1902-1983), auteur entre autres de Seven Poor Men of Sydney («Sept Pauvres Hères de Sydney», 1934) et de The Man who Loved Children («L’Homme qui aimait les enfants», 1940), passa la plus grande partie de sa vie aux États-Unis et en Europe. Les romans de cette époque furent souvent des œuvres engagées qui dénonçaient diverses injustices, dont celle faite aux aborigènes: dans Coonardoo (1929), K. S. Prichard (1883-1969) brossa un tableau émouvant de l’amour tragique d’une jeune aborigène pour un Blanc, tandis que Xavier Herbert (1901-1984) dénonçait le racisme des Australiens du Nord dans un roman violent, tout pénétré d’humour noir, Capricornia (1938).

Du réalisme à l’invention littéraire

L’après-guerre vit se concrétiser les promesses dont la littérature australienne semblait porteuse, même s’il fallut attendre les années 1970 pour que les activités culturelles jouent un rôle plus large au sein de la communauté. Des poètes de talent, tels que Kenneth Slessor (1901-1971), James McAuley (1917-1976) ou A. D. Hope (né en 1907), donnèrent alors toute leur mesure. Le dernier cité en particulier, intellectuel amoureux de classicisme et satirique vigoureux, domina longtemps la scène poétique. Leurs successeurs – Francis Webb (1925-1974), Peter Porter (né en 1929), Michael Dransfield (1949-1973) ou Robert Adamson (né en 1944) – ont fait entendre des voix originales. Mais c’est Les Murray (né en 1938) qui possède la stature la plus impressionnante: cet intellectuel paysan célèbre la terre, ses saisons et ses gens, dans une langue riche et dense, nourrie de culture classique, et témoigne d’une grande virtuosité technique. La poésie féminine est représentée par Judith Wright (née en 1915), Rosemary Dobson (née en 1920) ou encore Kath Walker (née en 1920), premier poète aborigène à connaître une vaste popularité.

Le roman australien moderne s’identifia longtemps à l’imposante figure de Patrick White (1912-1990), qui reçut en 1973 le prix Nobel de littérature. Il répudia la tradition réaliste pour explorer, par le biais d’une écriture volontiers poétique et foisonnante de symboles, des problèmes spirituels et moraux. Il montra aussi une grande vigueur satirique dans ses tableaux de la société australienne d’hier et d’aujourd’hui. Son œuvre considérable comprend nouvelles et pièces de théâtre aussi bien que romans. Parmi ces derniers, les principaux sont L’Arbre de l’homme (1955), Voss (1957), Le Vivisecteur (1970) et Une ceinture de feuilles (1976). L’exemple de White stimula des romanciers plus jeunes, tels que Randolph Stow (né en 1935), auteur de romans passionnés, voire tragiques: To the Islands («Vers les îles», 1958), Tourmaline (1963), Visitants (1979), ou encore C. J. Koch (né en 1935), écrivain plus classique qui fait la part belle à l’observation psychologique: The Boys in the Island («Les Garçons dans l’île», 1958); L’Année de tous les dangers , 1978; Doubleman , 1985. Quelques autres romanciers de la même génération méritent d’être cités: Thomas Keneally (né en 1935) est l’auteur d’une quinzaine de romans inspirés souvent de faits historiques restitués avec brio pour faire ressortir les dilemmes moraux auxquels sont confrontés les protagonistes: Bring Larks and Heroes («Des Alouettes et des héros», 1967); The Complaint of Jimmie Blacksmith («La Complainte de Jimmie Blacksmith», 1972); La Liste de Schindler , 1982; Le Metteur en scène , 1987. David Ireland (né en 1927) dénonce avec une ironie féroce les tares de la société industrielle et donne une vision pessimiste, parfois grotesque, de la condition humaine avec The Unknown Industrial Prisoner («Le Prisonnier d’usine inconnu», 1971); The Flesheaters («Les Mangeurs de chair», 1972); A Woman of the Future («Une Femme de l’avenir», 1979). David Malouf (né en 1934) fait revivre le passé récent pour analyser la condition australienne: Johnno (1975); Harland’s Half-Acre (Harland et son domaine , 1984) – préoccupation partagée par Rodney Hall (né en 1935) dans In Memoriam (1982) et Secrets barbares (1988).

Les écrivains plus jeunes jouent volontiers avec les formes narratives et manipulent les conventions romanesques pour tirer le réalisme vers la caricature ou le fantastique. Les plus marquants sont Frank Moorhouse (né en 1938), Murray Bail (né en 1941) et Peter Carey (né en 1943), dont le roman Oscar et Lucinda (1988) a connu un grand succès international. On peut leur adjoindre Brian Castro (né en 1950): Les Oiseaux de passage (1983); Double Wolf («Double-loup», 1991) et Tim Winton (né en 1960): ShallowsHauts-fonds», 1984); Cloudstreet («Rue du nuage», 1991), dont le réalisme est tout pétri d’imagination.

L’écriture féminine manifeste une grande vitalité, avec des romancières telles que Thea Astley (née en 1925), Elizabeth Jolley (née en 1923) ou Olga Masters (1919-1986). Elle affirme sa spécificité, comme le fait par ailleurs l’écriture aborigène, représentée par des poètes tels que Kevin Gilbert, des dramaturges tels que Jack Davis ainsi que des romanciers dont le principal est Colin Johnson (né en 1938), qui a désormais repris son nom aborigène de Mudrooroo: Wildcat Falling («La Chute du chat sauvage», 1965); Dr Wooreddy’s Prescription («L’Ordonnance du docteur Wooreddy», 1983); Master of the Ghost Dreaming («Maître du rêve des spectres», 1991).
À côté de la poésie et de la fiction, le théâtre australien fait un peu figure de parent pauvre. Malgré des succès isolés, tels que Summer of the Seventeenth Doll («La Dix-septième Poupée», 1955) de Ray Lawler (né en 1921) ou The One Day of the Year («L’Unique Jour de l’année», 1960) d’Alan Seymour, il ne commence à prendre son essor que dans les années 1970 avec Jack Hibberd (né en 1940), Alex Buzo (né en 1944), Louis Nowra (né en 1950) et surtout David Williamson (né en 1942), critique acide de la société contemporaine: The Removalists («Les Déménageurs», 1972); Don’s Party («La Soirée chez Don», 1973); Travelling North («Les Routes du Nord», 1980).

Australie
(Commonwealth of Australia), état fédéral d'Océanie, membre du Commonwealth, formant lui-même un Commonwealth (continent australien, Tasmanie, territ. extérieurs), situé dans l'hémisphère Sud, entre l'océan Indien à l'ouest et l'océan Pacifique à l'est; 7 682 300 km²; 16 670 000 hab.; cap. Canberra. Nature de l'état: rép. fédérale. Langue off.: angl. Monnaie: dollar australien. Relig.: protestants (37 %), catholiques (26 %). V. carte p. 1377. Géogr. phys. et hum. - Continent massif, l'Australie est formée, à l'O., d'un vaste plateau; au centre, de plaines; à l'E., de la Cordillère australienne: 2 230 m au mont Kosciusko. Le climat tropical sec domine: importance des déserts (Gibson, Victoria) et du "bush", formation semi-aride buissonnante. Le peuplement se concentre: dans les bordures S.-E. et E., au climat océanique et tropical; autour de Perth et d'Adélaïde, au climat méditerranéen. Les Blancs d'origine européenne constituent 95 % de la pop., les aborigènes sont 1 %, l'immigration asiatique progresse. Le taux d'urbanisation approche 90 %. écon. - L'économie est surtout agricole et minière. Producteur important de céréales (blé, orge) et de moutons (1er troupeau mondial), l'Australie a de très import. ressources minières: charbon, pétrole, gaz, fer, bauxite, or, uranium, argent, zinc, cuivre. Exportatrice de matières premières, elle importe (Japon, États-Unis, C.é.E. surtout) 75 % des biens d'équipement et produits manufacturés. Le tourisme, en développement rapide, est la deuxième source de recettes extérieures après la laine. Le chômage qui accompagne la crise, plus tardive qu'ailleurs, a dépassé la barre des 10 % en 1991. Hist. - Découvert par les Holl., le continent fut colonisé par les Angl. après le voyage de Cook (1770). De 1787 à 1840, la Nouvelle-Galles du Sud, première colonie, accueillit les bagnards (convicts). Organisé par les gouverneurs Macquarie et Brisbane, le pays, prospère grâce au mouton et à l'or (1851), se constitua (1901) en une fédération de six états autonomes (plus le Territoire fédéral de Canberra) auxquels s'ajoutèrent le S.-E. (1906-1975) et le N.-E. (1921-1975) de la Nouvelle-Guinée, et le Territ. antarctique australien. Au cours des deux guerres mondiales, le pays fournit une aide import. aux Alliés. Libéraux et travaillistes recherchent l'alliance américaine. Ils ont alterné au pouvoir, détenu par les travaillistes de 1983 à 1996 et par les libéraux depuis 1996. En fév. 1998, le Premier ministre (libéral), John Howard, a annoncé qu'un référendum déciderait si l'Australie doit devenir une république.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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